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Sur la route pour Auschwitz-Birkenau

Primo Levi

Né à Turin en Italie, en 1929, Primo Levi est déporté à Auschwitz en décembre 1943 après avoir été capturé par la milice fasciste italienne. Après la libération du camp le 27 janvier 1945 il retourne en Italie. Auteur de nombreux livres sur son expérience à Auschwitz - dont le très célèbre « Si c'est un homme » - Levi s’est donné la mort en 1987, à l'âge de 58 ans.

« Les portes s'étaient aussitôt refermées sur nous, mais le train ne s'ébranla que le soir. Nous avions appris notre destination avec soulagement : Auschwitz, un nom alors dénué de signification pour nous ; mais qui devait bien exister quelque part sur la terre. (...)

De la lucarne, on voyait défiler des noms connus et inconnus de villes autrichiennes -  Salzbourg, Vienne - puis tchèques et enfin polonaises. Au soir du quatrième jour, le froid se fit intense : le train qui traversait d'interminables sapinières noires prenait visiblement de l'altitude. Partout une épaisse couche de neige (...) Durant les arrêts, personne ne tentait plus de communiquer avec le monde extérieur : désormais nous nous sentions "de l'autre côté". »

Si c'est un homme, Primo Levi, Presses Pocket, p. 19-21

Noah Klieger

Né à Strasbourg en 1926, Noah Klieger  est déporté à Malines en Belgique puis transféré à Auschwitz II (Birkenau) et dans le camp de Buna-Monowitz (Auschwitz III) avant de passer par les camps de Dora et de Ravensbrück, d’où il sera libéré en 1945. Il exerce le métier de journaliste en France et en Belgique avant de s’installer en Israël,  en 1948, où il continue à exercer son métier. Il couvre une grande partie des procès contre les criminels nazis, il est l’auteur de nombreux articles et donne de nombreuses conférences portant sur le thème de la Shoah.

« Cheminant à petite vitesse, le train transportait plus de 1600 Juifs, escortés par de nombreux soldats allemands postés dans les voitures de tête et de queue, et sur les toits de nos wagons. Durant le transport précédent, des maquisards avaient attaqué le convoi et des prisonniers en avaient profité pour prendre la fuite, et cette fois-ci, les Allemands ne voulaient plus prendre de risques. Pouvaient-ils tolérer que quelques-uns de ces sales Juifs leur filent à nouveau entre les doigts ?

Il est clair que dans un wagon prévu pour huit chevaux, comme spécifié sur la paroi, dans lequel on avait entassé plus de quatre-vingt personnes, il ne fallait pas espérer s'allonger, dormir ou se reposer. Nous étions assis, affreusement pressés les uns contre les autres, vraiment comme des sardines en boîte. Le voyage lent et interminable, le vacarme assourdissant et monotone des roues sur les rails et le froid intense qui pénétrait au travers des planches firent que le second jour déjà, plus personne ne prêtait attention à ce qui  se passait alentour.

Si nous avions su où nous allions réellement, il est certain que nous aurions tenté de fuir, fusse au péril de nos vies.

Mais en janvier 1943, à l'ouest de l'Europe on ne savait encore rien de la folle et criminelle entreprise que les Allemands préparaient depuis longtemps déjà. Qui parmi nous aurait pu imaginer, même dans ses cauchemars les plus noirs, que les Allemands avaient décidé de procéder à l'élimination physique totale du peuple juif ? Qui pouvait deviner que depuis plus de deux ans, la machine à exterminer la plus perfectionnée jamais conçue dans l'histoire de l'humanité était en marche, pour exécuter chaque phase d'un plan que les Allemands avaient baptisé la "Solution finale" ? »

La boxe ou la vie, Noah Klieger, Éditions Elkana, p. 33-34

Imre Kertesz

Né à Budapest en Hongrie, en 1929, Imre Kertesz est déporté à Auschwitz en 1944 à l'âge de 15 ans. D’Auschwitz il est ensuite transféré à Buchenwald d'où il sera libéré. Imre Kertèsz est le seul survivant de sa famille.

 « Dehors, l'aube était fraîche et odorante, au-dessus des champs qui s'étendaient au loin planait une brume grise, et soudain, comme un coup de trompette, un rayon rouge, fin et aigu, surgit quelque part derrière nous, et je compris : j'assistais au lever du soleil. C'était beau et tout à fait intéressant : à la maison, à cette heure-là, je dormais encore. J'ai également aperçu un bâtiment, une station de patelin perdu ou bien l'avant-poste d'une grande gare, tout près devant moi, à gauche. Il était minuscule, gris et encore complètement désert, avec de petites fenêtres fermées et un de ces toits ridiculement pentus que j'avais vus hier dans les parages : sous mes yeux, ses contours se sont stabilisés dans la lueur brumeuse, puis il est passé du gris au violet, et en même temps les fenêtres se sont illuminées d'un scintillement rouge quand les premiers rayons de soleil les ont frappées. D'autres l'ont remarqué aussi, et j'en ai parlé moi-même aux curieux qui se pressaient derrière nous. Ils me demandaient si je voyais un nom de lieu. Je distinguais même deux mots dans le jour naissant, en haut du mur, sur le côté étroit du bâtiment qui faisait face au sens de la marche du train : "Auschwitz-Birkenau" - c'est ce que j'ai lu, c'était écrit avec les lettres pointues et sinueuses des Allemands, avec un double trait d’union ondulé. Mais bon, en ce qui me concernait, je fouillais en vain dans mes connaissances géographiques, et les autres n'en savaient finalement pas plus que moi. »

Être sans destin, Imre Kertesz, 10-18 Domaine étranger, p.106

Shlomo Venezia

Né à Salonique en Grèce, en 1923, Shlomo Venezia est déporté à Auschwitz-Birkenau en avril 1944 avec une grande partie de sa famille. Après la sélection où sa mère et ses deux jeunes sœurs sont envoyées à la mort, il est affecté à un commando spécial au sein du camp : le sonderkommando. Ce groupe d'hommes était chargé de vider les chambres à gaz des centaines de victimes qui y avaient péri puis de brûler les cadavres. Venezia survivra alors que les équipes du sonderkommando étaient  régulièrement renouvelées afin de  préserver le secret sur ce processus de mise à mort. Il survivra aussi aux marches de la mort avant d'être libéré en 1945 par l'armée américaine, dans un camp autrichien. Shlomo Venezia représente un témoin d'une importance capitale, car il est l'un des très rares survivants de ces unités spéciales qu'était le sonderkommando. Il décède en 2012, à l'âge de 89 ans suite aux séquelles de la tuberculose contractée en déportation.

« Nous sommes finalement arrivés sur le quai d'embarquement où nous attendaient des wagons à bestiaux. Ils nous ont poussés brutalement à l'intérieur des wagons. Dedans, il n'y avait rien, juste des planches au sol, un grand bidon vide au milieu, un autre plus petit avec de l'eau. Dans l'angle j'ai vu trois caisses de raisins secs et de carottes. L'espace était très limité et dès que tout le monde est entré dans le wagon, on a vu qu'il faudrait, au mieux, rester assis tout le voyage. Moi, je me suis placé immédiatement dans un angle, près de la fenêtre. (...)

Il y avait quatre petites fenêtres. Dans mon wagon, les fenêtres n'avaient pas de barbelés, mais j'ai vu que d'autres en avaient. Il s'agissait certainement du premier convoi partant d'Athènes et tous les wagons n'étaient pas encore "adaptés". Arrivés à Vienne, des barbelés ont finalement été posés aussi sur notre wagon. On s'est sentis encore plus oppressés, étouffés, humiliés. (...)

On devait être en soixante-dix et quatre-vingt personnes. (...)

Je ne pouvais pas m'approcher de ma mère durant le trajet, car nous n'avions pas la place de bouger. Pour préserver un peu d'intimité, on avait étendu une couverture pour séparer les hommes des femmes. Une deuxième couverture a été utilisée pour isoler le bidon qui servait à faire ses besoins. On pouvait à peine se déplacer. De toute façon, on ne parlait pas beaucoup. Tout le monde était plongé dans ses pensées et accablé par son malheur. Il n'y avait rien à échanger avec les autres, car nous étions tous dans la même situation. On était là, détruits, et c'est tout. »

Être sans destin, Imre Kertesz, 10-18 Domaine étranger, p.106

Cecilie Klein-Pollack

Née en 1925 à Jasina en Tchécoslovaquie (une région contrôlée par la Hongrie, à l'époque), elle fait le voyage en direction d'Auschwitz dans le même train que Lili Jacob. D’Auschwitz, elle est envoyée au camp d'Holleischen dans la région des Sudètes et libérée par l'armée britannique. Elle se marie en août 1945 et s'installe aux États-Unis où elle donnera naissance à  trois enfants.

« Nous étions environ 80 dans un wagon. Ce n'était pas un train normal. C'était un train avec des wagons à bestiaux dans lesquels on étouffait presque. (...) et il y avait des seaux pour nos besoins naturels. Et comme ils voulaient, ils se sont arrêtés quelques fois... Mon beau-frère était avec nous, vous savez ma sœur, mon beau-frère et leur petit garçon Danny, ma mère et moi. Nous étions tous ensemble dans le train, car ma sœur avait été emmenée loin de Jasina donc elle n'était pas avec nous. (...) 

Et puis finalement le train s'arrêta, ils ouvrirent les portières ; et ils demandèrent à mon beau-frère de descendre les seaux, de les vider et d'amener de l'eau. Dans les mêmes seaux, ils emmenèrent de l'eau, et nous devions boire cette eau. (...) et ils nous prévinrent que si quelqu'un essayait de s'échapper alors il serait tué. (...) Et ma mère, était - nous essayions juste d'être le plus près possible l'une de l'autre, de nous serrer et de dire notre dernier - nous ne savions pas où nous étions en train d'aller, nous ne savions pas que nous allions être tués, car je savais, notre esprit ne pouvait pas comprendre que des gens allaient tuer de petits enfants. » 

Cecilie Klein-Pollack, témoignage du 7 mai 1990 - Musée Mémorial de l'Holocauste des États-Unis

Après avoir lu les témoignages et examiné les photographies, les élèves doivent être amenés à répondre aux questions suivantes (que ce soit dans le cadre d'un atelier en groupes ou au cours d’un travail de classe).
Demander aux élèves de lire les témoignages afin de pouvoir répondre aux questions suivantes :

  • Quelles sont les conditions de voyage décrites dans les témoignages ?
  • Quels sont les odeurs et les bruits ?
  • Qu'advient-il du concept de temps dans les témoignages ?
  • De quelle manière le temps est-il évoqué ?
  • Les déportés avaient-ils une idée de l'endroit où ils allaient ?

Notes pour l'enseignant :
Conditions physiques terribles : des wagons surpeuplés, manque d'air, toilettes se limitant à un seau dans lequel les Juifs devaient faire leurs besoins devant tout le monde. Ce même seau était ensuite utilisé pour leur amener un peu d'eau à boire.
En ce qui concerne les bruits : ils n'entendaient que les pleurs de ceux dont un parent venait de mourir, les pleurs des enfants et les hurlements des soldats.
Le temps : « le voyage lent et interminable ».
Aucune connaissance de la destination vers laquelle ils étaient emmenés. Seuls quelques-uns en avaient une idée. Comme Primo Levi le mentionne, le nom d'Auschwitz n'avait aucune signification pour eux ; de plus, le fait de ne pas connaître l'endroit où ils allaient leur procurait un faux sentiment de sécurité.

Tadeusz Borowski

Né en Ukraine (dans l'ancien territoire polonais) en 1922, Borowski est arrêté par la Gestapo en février 1943. D'abord emprisonné à Pawiak, il est ensuite transféré à Auschwitz avec sa fiancée. Dans le camp, il assiste à l'arrivée incessante des convois transportant des milliers de Juifs en provenance de toute l'Europe. Il est témoin des sélections et voit les victimes partir en direction des chambres à gaz. Après la guerre il se remet à l’écriture et livre de nombreux témoignages sur son expérience de détenu. Borowski se suicide le 1er juillet 1951, à l'âge de 28 ans, trois jours après la naissance de leur premier enfant.

« - Voilà le transport, fit quelqu'un, et tous se levèrent. Derrière le virage apparurent des wagons de marchandises : le train avançait en marche arrière, le cheminot, debout sur le break, se penchait, agitait le bras, sifflait. La locomotive lui répondit par un coup de sifflet  strident, haleta ; le train s'engageait lentement le long du quai. Par les petites lucarnes grillagées, on apercevait des visages chiffonnés, pâles, mal réveillés, ébouriffés : des femmes effarouchées, des hommes, qui, luxe exotique, avaient des cheveux. Ils nous dépassèrent lentement, regardant la gare. C'est alors que dans les wagons quelque chose d'inhumain commença à gronder et résonner contre les parois de bois.

- "De l'eau ! De l'air !" Des appels sourds et désespérés partirent. »

Le monde de pierre, Tadeusz Borowski, Calmann-Levy, 1964, p.104-105

  • Comment les gens qui arrivent sont-ils décrits dans ce témoignage ?