Maisons d'enfants en France durant la Shoah

Chabannes
Château de Chabannes
Chamonix
Chamonix
Maison D'Izieu
Maison D'Izieu

L'un des phénomènes exceptionnels de la période de la Shoah en France fut celui du sauvetage des enfants juifs grâce à un réseau de maisons de protection, fondées par différents organismes, tant juifs que chrétiens, dont les membres venaient au secours des enfants et les conduisaient dans des endroits reculés, afin de les protéger des persécutions et de leur permettre de mener une vie normale en dépit des circonstances anormales. Grâce à leurs efforts, des milliers d'enfants juifs furent sauvés. Cette histoire est une histoire de courage et de détermination, une histoire de sacrifice, de loyauté et de dévouement.

L'exposition retrace l'histoire de trois maisons d'enfants : la maison de Chamonix, celle d’Izieu et celle de Chabannes.

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il y a près de 330 000 Juifs en France. Suite à l'occupation de la France par l'Allemagne en juin 1940, de nombreux Juifs sont arrêtés et internés dans des camps de concentration – sur le sol français dans un premier temps, jusqu'à ce que débutent, au printemps 1942, les premières déportations de Juifs vers des camps situés en Allemagne et en Europe de l'Est. Au départ, la plupart des Juifs incarcérés sont des immigrés, arrivés d'Europe de l'Est dans les années 1920 et 1930, qui ne possèdent pas la citoyenneté française, ainsi que des réfugiés qui ont fui l'Allemagne nazie. Progressivement pourtant, la police française et les autorités allemandes commencent à arrêter aussi les Juifs français.

Les arrestations massives de Juifs dans Paris et en zone occupée débutent au cours des premiers mois de l'année 1941. A partir de l'été 1942, des arrestations commencent aussi à avoir lieu dans les régions de France qui ne sont pas sous le contrôle des Allemands mais sous l'autorité du régime collaborationniste de Vichy. Lorsque la France est libérée au cours de l'été 1944, près de 77 000 Juifs ont été arrêtés et déportés dans des camps d'extermination en Europe de l'Est.

En réponse à la persécution des Juifs, ils sont nombreux en France – Juifs comme non juifs – à participer activement aux efforts destinés à cacher les enfants juifs risquant la déportation. Plusieurs organismes occupent une place centrale dans ces opérations de sauvetage :
L'OSE (Œuvre de Secours aux Enfants) administre des maisons pour enfants avec le soutien financier de l'American Joint Distribution Committee et des organismes communautaires juifs de France. Les directeurs et les membres du personnel de ces maisons, de jeunes idéalistes, juifs et non-juifs, veillent sur les enfants qui leur sont confiés avec tendresse et affection. Les militants de l'OSE se rendent dans les camps de détention de leur plein gré, pour prendre contact avec les enfants et leurs parents, gagner leur confiance et obtenir leur accord pour faire sortir clandestinement les enfants des camps et les conduire dans des maisons de l'OSE et dans d'autres abris clandestins. Des membres des Eclaireurs Israélites de France (EIF), un mouvement fondé par Robert Gamzon, accomplissent un travail similaire. Gamzon est un membre actif de l'Union Générale des Israélites de France (UGIF), créée pendant la Shoah. Après les rafles de l'été 1942, il fonde un organisme de sauvetage baptisé « La sixième » dont les membres mettent eux aussi des enfants juifs à l'abri dans des maisons d'enfants. Le comité Amelot (du nom de la rue Amelot) fondé par David Rappaport et le Mouvement de Jeunesse Sioniste (MJS) opèrent de la même manière.

L'une des conséquences de l'occupation allemande est l'arrêt brutal de la scolarité et de l'éducation juive des enfants cachés. Ces derniers sont donc contraints de commencer à étudier dans la clandestinité. Pour compenser cela, les maisons d'enfants proposent un vaste éventail d'activités sociales et éducatives, en dépit des maigres ressources dont dispose le personnel. Elles font tout ce qui est en leur pouvoir pour permettre la poursuite de l'éducation juive et de la formation générale des enfants et pour leur offrir un semblant de routine et de normalité. Les membres du personnel emmènent même les enfants en excursion, principalement dans des zones rurales et montagneuses où le risque d'être repéré est plus faible. Un grand nombre des enfants qui ont survécu grâce à ces maisons gardent un souvenir ému de leurs sauveteurs et des efforts déployés par ces derniers pour créer un environnement aimant, réconfortant et protecteur. Dans ce contexte dans lequel les enfants sont seuls, vulnérables et terrifiés d'être ainsi traqués et dans un monde où un si grand nombre de ceux qui les entourent sont soit indifférents soit franchement hostiles, certains individus sont pourtant prêts à veiller sur eux et à essayer de les sauver. Un grand nombre des sauveteurs non juifs de ces enfants seront par la suite reconnus comme Justes parmi les nations par Yad Vashem.

Il y a des maisons d'enfants partout en France, mais la plupart se trouvent dans le sud du pays. Certaines sont situées à proximité des frontières avec l'Espagne et la Suisse. De nombreux sauveteurs essaient de faire sortir des enfants et même des bébés juifs, des camps de détention et d'autres zones dangereuses du pays pour les mettre à l'abri dans des maisons d'enfants. Les enfants juifs seront nombreux à quitter la France clandestinement au départ de ces maisons. Des milliers de Juifs et de non juifs risqueront leur vie pour sauver des enfants juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale.