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Avner Shalev, ancien président de Yad Vashem, décoré des insignes d’Officier de la Légion d’honneur

12/07/2022

Pendant près de trois décennies, Avner Shalev a dirigé Yad Vashem, et permis à l’institution d’acquérir la dimension internationale qui est la sienne aujourd’hui, avant de prendre sa retraite et de laisser sa place à Dani Dayan, ancien Consul général d’Israël à New-York. Le 28 juin dernier, il s’est vu décerner le titre d’Officier de la Légion d’honneur. La cérémonie s’est déroulée en la résidence de l’ambassadeur de France en Israël, Eric Danon, en présence d’officiels et de prestigieux invités.

Avner Shalev avait été fait Chevalier de la Légion d’honneur en 2007 par le président français Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Il a également été récompensé du Prix Israël, le plus prestigieux prix israélien, et du Prix Princesse des Asturies, le plus prestigieux prix espagnol.

Dans un communiqué, l’ambassade de France a déclaré : "Président de Yad Vashem pendant 27 ans, Avner Shalev a su faire de ce centre la principale source mondiale de mémoire et d’éducation sur la Shoah".

C’est l’historien Serge Klarsfeld, qui a remis les insignes à Avner Shalev, au terme d’un discours particulièrement émouvant :

Monsieur l'Ambassadeur de France Eric Danon et Madame,
Chère Madame l'Ambassadrice de la République fédérale allemande, Susanne Wasum-Rainer
Monsieur l'Ambassadeur de Roumanie, Cher Radu Ioanid,
Monsieur le Président de l'Institut de Yad Vashem, cher Danny Dayan
Cher Avner, chers amis,

Quel bonheur pour moi d'avoir le privilège de rendre hommage à Avner Shalev. Rendre hommage à Avner Shalev, c'est rendre hommage à Yad Vashem qui est ma seule famille en Israel.  A 17 ans, en 1953, j'étais volontaire au kibboutz Geva, l'année même où la Knesset créait Yad Vashem.  En 1971, quand Beate était emprisonnée à Cologne pour notre tentative d'enlèvement de l'ancien chef de la Gestapo de Paris, je suis venu en Israël pour y rechercher un soutien et je l'ai trouvé dans la petite équipe de responsables de Yad Vashem qui était alors une modeste institution. Ils m'ont efficacement aidé et guidé dans mes démarches. Ils m'ont aussi fait découvrir l'immense programme que représentait l'exploration de la Shoah et je dois peut-être à leur enthousiasme, l'impulsion qui m'a poussé à redevenir historien alors que j'avais pris une voie différente. Historien de la Shoah, je suis si souvent revenu à Yad Vashem que j'ai l'impression de faire partie de la maison. Cher Avner, j'ai bien connu et aimé votre prédécesseur, Yitzhak Arad que j'ai fréquenté pendant vingt ans et pendant trente ans, Avner, je vous ai fréquenté, je vous connais bien et je vous aime bien.

Nous avons souvent coopéré dans le domaine des recherches de noms, dans celui des archives, dans celui des relations avec la France et avec la Pologne. Nous sommes d'ailleurs tous deux, pour les Polonais, les seuls étrangers à être Szwiato Pamiecy, des "lumières de la mémoire". Ce n'est que l'une des nombreuses distinctions qui vous ont été décernées un peu partout dans un monde que vous avez souvent parcouru. Mais vous avez été privilégié, parce que du monde entier, tous les chefs d'Etat et de gouvernement en visite en Israël sont venus à Yad Vashem où vous les avez intelligemment et diplomatiquement reçus. Nous étions là quand vous avez reçu M. Sarkozy, quand vous avez reçu M. Hollande et quand vous êtes apparu, le 23 janvier 2020, devant un parterre exceptionnel de chefs d'Etat dont notre président, Emmanuel Macron. Quel moment d'émotion a été votre entrée dans cet aréopage où tous vous estimaient et savaient tout ce que vous doit cette prestigieuse institution qu'est Yad Vashem : vous l'avez redéfinie, vous l'avez développée, vous l'avez renouvelée, vous avez créé l'Ecole internationale pour l'enseignement de la Shoah, vous avez agrandi les archives et les installations de recherche, vous avez construit un nouveau et impressionnant complexe muséal et mis la technologie au service de l'histoire et de la mémoire de la Shoah. Vous avez également pris la décision d'assumer la mission que Nahoum Goldmann, président du Congrès Juif Mondial, avait refusé d'entreprendre il y a 60 ans, car il considérait qu'elle n'était pas réalisable : celle de retrouver tous les noms des victimes de la Shoah. C'était une mission que la Knesset avait fixée à Yad Vashem : je cite un extrait du discours à la Knesset, en 1953, de M. Dinour, ministre de l'Education Nationale :

Le nom ‘Yad Vashem’ est tiré d'Isaïe : "Et je leur donnerai dans ma demeure et entre mes murs une mémoire et un nom plus durable que des fils et des filles ; un nom impérissable je lui donnerai, qui ne disparaîtra jamais". L'intention de cette appellation était la suivante : l'ennemi avait voulu effacer le nom d'Israël, faire disparaître ses enfants et abolir sa mémoire, mais nous, nous préserverons leur souvenir en ce lieu.

Comment conserverons-nous leur souvenir ? Tout d'abord, la loi vient assurer la préservation de la liste dans laquelle seront inscrits, les uns après les autres, tous ceux de notre peuple qui, comme le dit le poète :

"Ils sont morts pour rien, pour rien ils ont disparu,

Tous ensemble ils ont été tués pour rien

Personne ne sait, aucun témoin

Point de tombeau il n'y a.

Cette liste fera resurgir devant nous, avec leurs visages, les millions de nos frères."

Cette mission impossible, Avner, vous l'avez entreprise malgré tous les obstacles. Elle est en bonne voie et votre successeur, Danny Dayan,  qui est parmi nous, la mènera sûrement à son terme.

Je ne rappellerai que très brièvement votre brillante carrière militaire puisque simple soldat à 17 ans en 1956 pendant votre première campagne, vous avez fini général de brigade après bien d'autres périlleuses campagnes. Pendant une décennie vous avez servi comme directeur général de l'Autorité culturelle du ministère de l'Education et de la Culture et président du Conseil National de la Culture et des Arts. L'armée, la culture, l'enseignement, l'histoire et la mémoire : dans chacun de ces domaines, cher Avner, vous avez été créatif et innovant, tête pensante et homme d'action. La République française a été attentive à l'œuvre remarquable que vous avez accomplie et à laquelle  la Fondation pour la Mémoire de la Shoah a contribué sous l'impulsion de Simone Veil et d'Anne-Marie Révcolevschi ici présente. C'est à Yad Vashem que le 23 janvier 2020 notre président, qui est très attentif à la lutte contre l'antisémitisme, a déclaré :

"Souviens-toi, n'oublie jamais.

Ce serment au cœur du judaïsme, la République française l'a fait sien. Elle a gravé la mémoire de la Shoah dans le marbre de ses lois. Elle l'enseigne dans ses écoles et elle a inscrit le nom des enfants déportés sur leurs murs. La France, par la voix du président Chirac, a regardé son histoire en face et reconnu la responsabilité irréparable de l'Etat français dans la déportation des Juifs. Elle sait aussi tout ce qu'elle doit à ceux qui, dans les villages de France, dans les églises, ont caché et protégé   nos enfants, permettant de sauver 240 000 Juifs de France, 59 000 enfants quand 11 000 furent déportés. Elle sait ce qu'elle doit à son esprit et à ses forces de résistance."

 

Cher Avner,

Pour vos contributions, la République Française vous a distingué en 2007 en vous nommant chevalier de la Légion d'honneur. Avner Shalev, au nom du président de la République, je vous remets les insignes de votre grade d'officier dans l'Ordre de la Légion d'honneur.