En l'honneur de la nouvelle année

En provenance des collections de Yad Vashem

Un calendrier du ghetto de Theresienstadt pour l'année juive 5704 (1943-44)

Durant les premières années de son existence, la collection de Yad Vashem s'est enrichie d'une copie d'un calendrier juif de Theresienstadt de l'année 5704 (1943-44). Ce calendrier de poche fut créé à l'aide d'un modèle permettant de fabriquer des copies. Rédigé en allemand et en hébreu, le calendrier inclut les horaires du chabbat et des fêtes ainsi que les heures de lever et de coucher de soleil tout au long de l'année. La fabrication d'un calendrier de ce type est une entreprise compliquée requérant de vastes connaissances, il est donc raisonnable de présumer que plusieurs personnes participèrent à sa fabrication.

Sur la couverture figurent les signes astrologiques des mois du calendrier juif accompagnés de leurs noms en hébreu. Le dos du calendrier représente l'intérieur d'une synagogue et porte une signature manuscrite en hébreu : « Avraham Hellmann, Theresienstadt ». À l'intérieur du calendrier se trouvent un certain nombre d'illustrations. L'une d'elle représente un homme (peut-être un chantre) en prière près d'un lutrin à l'intérieur d'une synagogue aux murs et aux plafonds décorés. La signature de l'artiste apparaît dans le coin : « A. Berlinger ».

Son nom nous est familier en raison des dessins qu'Asher Berlinger réalisa à Theresienstadt, l'un d'eux fait partie de la collection d'œuvres d'art de Yad Vashem.

Avant la guerre, Asher Berlinger était un membre actif de la communauté juive de Schweinfurt en Allemagne, à la fois en tant que chantre et en tant que professeur d'art et de musique. Il fabriquait également des objets rituels juifs. Asher et sa femme Bertha périrent au cours de la Shoah mais leurs filles, Senta et Rosalie, qu'ils avaient réussi à envoyer en Angleterre à bord d'un Kindertransport  avant le déclenchement de la guerre, survécurent.

Il ressort clairement de la comparaison des dessins de Berlinger avec des photographies de l'intérieur d'une synagogue récemment découverte à Theresienstadt au domicile d'un particulier qu'il s'agit de la synagogue qui a servi de modèle à Berlinger.

C'est ce que révèlent non seulement le plafond décoré d'étoiles mais aussi les chandeliers allumés peints sur les travées du plafond voûté visible sur le dessin représentant le chantre en prière près d'un lutrin. (Cf. les illustrations ci-jointes). Des traces d'inscriptions en hébreu sont encore visibles sur les murs de l'ancienne synagogue. Il est fort possible qu'elles aient également été peintes sur les murs par Berlinger. Les passages choisis sont particulièrement révélateurs de l'état d'esprit des fidèles. Les murs de la « synagogue cachée » de Theresienstadt sont ornés de passages communément utilisés dans la décoration des synagogues mais sont uniques du fait de l'inclusion d'extraits du Tachanun, une ancienne section de la liturgie de la prière du matin, faisant tragiquement écho à la réalité vécue par les Juifs durant la Shoah :

« Dieu, adoucissez le mal auquel est promis votre peuple… Observez du haut des cieux et voyez que nous sommes devenus objet de mépris et de dérision parmi les nations, nous sommes considérés comme des moutons à égorger, à tuer, à anéantir, à rouer de coups et à humilier. Pourtant, malgré tout cela, nous n'avons pas oublié Votre Nom – nous vous supplions de ne pas nous oublier. »

Le 28 septembre 1944, Asher Berlinger fut déporté de Theresienstadt à Auschwitz, où il fut assassiné. Sa femme Bertha Berlinger née Braunold fut déportée à Auschwitz une semaine plus tard, le 6 octobre 1944. Elle fut également assassinée à Auschwitz.

Nous savons aujourd'hui que Theresienstadt n'était qu'une étape sur le chemin de l'annihilation. Nous sommes néanmoins impressionnés par la foi inébranlable de ceux qui, même confrontés à la déplorable réalité du ghetto, essayèrent coûte que coûte de préserver les structures de la pratique religieuse – de préparer des calendriers leur permettant d'observer les fêtes aux dates fixées, de prévoir des espaces réservés à la prière et d'utiliser l'art pour exprimer leurs émotions les plus intimes.

Collection d'objets de Yad Vashem
Don de Charlotte Hellmann-Lederer, Tel Aviv