Tony-Netanel Gryn, un résistant juif français

Trzebinia, members of the Beitar movement, 1932-1933Tony Gryn voit le jour en 1921 à Lublin, en Pologne. En 1933, il part pour Paris avec sa mère et sa sœur cadette où son père s'est installé deux ans plus tôt - la crise financière de la fin des années 1920 ayant affecté sa capacité à gagner sa vie dans le commerce du coton. En 1939, Tony entame des études de médecine à l'Université de Paris et réussit à terminer sa première année.

 En mai 1940, les Allemands envahissent la France. En août, il est arrêté par la Gestapo pour propagande anti-allemande et incarcéré à la prison de Fresnes. Libéré un an plus tard, en août 1941, il travaille alors comme enseignant dans un centre communautaire juif parisien. En février 1942, il s'installe sur le territoire de “Vichy”, le régime français du sud de la France qui collabore avec l'Allemagne nazie.

En juillet 1942, Paris connaît la plus grande rafle de Juifs de France. En une semaine, des policiers français arrêtent quelque 13 000 Juifs qui sont alors internés au Vélodrome d'hiver (Vel d'Hiv), dans des conditions désastreuses, de surpeuplement, sans eau, nourriture ou installations sanitaires. Les détenus sont ensuite transférés dans des camps d'internement français, à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, puis rapatrié au camp de transit de Drancy, d'où la plupart d'entre eux seront déportés à Auschwitz et assassinés. Parmi eux : la mère de Tony, Rivka Gryn, envoyée à la mort à Auschwitz le 27 juillet 1942. 

Le père et la sœur cadette de Tony réussissent à s'échapper de Paris et, aidés par Tony, rallient Lyon. En octobre 1942, le père, Isaac, est arrêté en possession de faux papiers et envoyé au camp de Rivesaltes. Tony parvient à l’en faire sortir clandestinement au bout de deux mois pour le conduire dans une banlieue de Grenoble. Sa sœur vit alors à Lyon sous le nom d'emprunt d'Alice Potard.

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D’abord à Grenoble, puis à Paris

Tony, qui a rejoint à Grenoble le réseau de résistance juif MJS (Mouvement de la jeunesse sioniste) est approché par Shimon Levitt, leader de la jeunesse sioniste de la région, pour sauver des enfants juifs en les faisant passer en Suisse. A l'été 1943, Tony est à la tête d'un réseau de jeunes sionistes qui fait sortir clandestinement des centaines d'enfants et de familles juives venues du Sud et l'Est de la France. Cette activité de sauvetage clandestin se poursuivra jusqu'en octobre 1943. Tony est assisté dans cette mission par Rolande Birgy, plus tard reconnue Juste parmi les Nations.

Début novembre 1943, Shimon Levitt envoie Tony à Paris pour y mettre en place, là encore, une unité de sauvetage. Tony commence par recruter des membres du MJS et du scoutisme juif français, déjà actif dans la Résistance. Il crée un atelier de falsification de documents qui seront distribués, grâce à son réseau, à des Juifs cachés à Paris et dans le nord de la France. Il forme des agents qui apprendront à se procurer les formulaires et les tampons nécessaires, en courant de grands risques personnels.

L'atelier est installé dans une maison sécurisée à Paris. Là, des centaines de tampons sont reproduits et différents documents confectionnés selon les noms et les pièces d'identité obtenus auprès des bureaux municipaux. Les documents sont ensuite remis aux Juifs et résistants français.

Ces faux papiers vont également faciliter les activités de sauvetage du réseau. Ils comprennent des pièces d'identité, actes de naissance, tickets de rationnement pour la nourriture, les vêtements ou le tabac, certificat de démobilisation de l'armée française, cartes d’anciens combattants ou d’invalides de guerre, exemptions de travail forcé, certificats de mariage et de décès.

A la fin de la guerre, des milliers de faux documents ont ainsi été produits dans l'atelier de Tony. En janvier 1944, avec son assistant Lucien Rubel, ils mettent sur pied une unité de combat urbain à Paris (Le Corps franc) sous le commandement de Rubel. Le groupe est affilié au mouvement résistant l'”Armée Juive” (AJ), et prend part aux batailles pour la Libération de Paris dans les rangs des FFI (Forces Françaises de l'Intérieur), organisation de résistance française créée vers la fin de la guerre.

En 1957, Tony immigre en Israël. En 1987, il reçoit la "Légion d'Honneur" des mains du président de la République française pour ses faits de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Il décèdera en Israël deux ans plus tard.

En 2006, sa sœur, Alice Gliklich, remplira à Yad Vashem une Feuille de témoignage en mémoire de sa mère, Rivka Gryn. En 2009, l'épouse de Tony, Lotte Gryn, fera don de dizaines de documents et de certificats produits dans l'atelier clandestin de paris, entre les années 1943 et 1945, dont certains sont présentés ici.