A travers le prisme de l'histoire

Daniel Samuel : un homme au service de la résistance

Les faux papiers, un moyen de survie, une des activités de la résistance juive en France

Le revolver, les faux papiers et les tampons en caoutchouc créés par le résistant français Daniel Samuel   Plus de photos

La contrefaçon de documents n’est sans doute pas l'acte de résistance le plus héroïque. Mais il a sauvé des vies, à de nombreuses reprises. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les hommes de l’ombre se sont mobilisés à double titre : non seulement pour combattre l'ennemi, mais également pour épargner des Juifs, et leur éviter la déportation et l'extermination.

Daniel Samuel a fait partie de la Résistance française. Grâce à la vaste collection d'objets qu’il a conservée, nous pouvons aujourd’hui retracer le processus de fabrication de ces faux papiers qui ont sauvé la vie de nombreux Juifs en France, pendant la Shoah.

Daniel Samuel s’est illustré dans la résistance sous le nom de code de "Denis Gauthier". Il naît à Strasbourg en 1921, et son frère Claude voit le jour un an plus tard. Leurs parents d’origine parisienne, Léon et Judith Samuel, sont venus s’installer à Strasbourg alors que Léon récupère de ses blessures de la Première Guerre mondiale.

Léon et Judith sont à la tête d’un certain nombre de magasins d’optique. Quelques années plus tard, le couple se sépare et Judith retourne vivre à Paris avec les enfants ; elle commence à vendre des lunettes sur les marchés. Son travail la conduit d'un endroit à l'autre, tandis que les garçons sont gardés par leur grand-mère. Dès l'âge de 14 ans, Daniel se lance lui aussi dans l'optique.

En juin 1940, avec l'occupation de Paris par les nazis, de nombreux Parisiens prennent la fuite. Parmi eux : Judith et ses fils. A leur retour, Daniel travaille pour un opticien jusqu'à ce qu’en 1941, il soit enrôlé dans les "Chantiers de la Jeunesse", une organisation paramilitaire créée par le gouvernement de Vichy pour les jeunes de 18 à 20 ans, appelés pour six mois. L'uniforme de l'organisation n’est autre qu’un uniforme de l'armée française. Daniel terminera son service en juillet 1942.

Quelques mois après sa démobilisation, il s'installe à Nice, avec sa mère et son frère. Là, ils vivent avec la sœur de Judith et son mari, tous deux membres actifs de la résistance. Leur adresse fait office de "boîte postale" pour un réseau de résistance juif appelé "La Sixième" ("La Sixième Eclaireurs Israélites de France"). Pendant un certain temps, Daniel et Claude travaillent ensemble pour rendre compte des mouvements des troupes allemands.

Au domicile de sa tante et son oncle, Daniel va rencontrer Maurice Cachoud (Maurice Loevenberg, de son vrai nom), l'un des chefs de file de "La Sixième". Ce dernier lui fait une telle impression que Daniel décide de rejoindre le mouvement. Maurice l’envoie de Nice à Lyon, muni de faux papiers d'identité au nom de Denis Gauthier. Là, le jeune résistant va apprendre à confectionner de faux tampons en caoutchouc et des documents falsifiés. La patience et la précision qu'il a acquises en tant qu'opticien constitueront pour lui un réel atout dans l’apprentissage de son nouveau rôle, car le travail exige une dextérité particulière pour fabriquer des sceaux officiels, y compris de minuscules textes, sculptés en image miroir.

La matière première utilisée pour fabriquer les faux tampons est le linoléum. Daniel profitera de ses trajets en train tard le soir vers Paris et d'autres destinations pour couper des morceaux du linoléum qui recouvre alors le plancher des wagons. Dans son témoignage, il racontera : "Je coupais le linoléum uniquement sous les sièges, par respect."

Début 1943, Daniel est envoyé à Saint-Etienne où il entre en contact avec l'organisation "L'Aide aux Mères". Une coopération s’en suit qui débouche sur la falsification de tickets de rationnements fournis aux enfants juifs cachés. Parmi les familles de Saint-Étienne pour lesquelles il prépare des tickets de rationnement : la famille Levie, celle de sa future femme. A Saint-Étienne, Daniel Samuel rencontre un groupe de jeunes chrétiens, dont le couple Michlon. La femme travaille à la poste locale ; elle intercepte du courrier pour Daniel et le lui transmet directement.

A ce stade de la guerre, Léon Samuel, le père de Daniel n'est déjà plus en vie. Il a été arrêté à Paris en 1942, envoyé au camp de transit de Pithiviers et de là, déporté à Auschwitz où il a été assassiné.

En février 1944, la Gestapo de Nice arrête la tante de Daniel. Mais elle réussira à s'échapper et à survivre à la guerre. La mère de Daniel et son frère Claude, actif dans le groupe de résistance ORA (Organisation de résistance de l'armée), n’auront pas cette chance. Ils seront capturés, déportés à Drancy et de là envoyés vers des camps en Pologne, où ils périront.

En juillet 1944, Saint-Étienne est libéré. Les mouvements de résistance rejoignent les Forces françaises libres et combattent aux côtés des Alliés au cours des batailles restantes. Denis Gauthier reprend son nom d'origine, Daniel Samuel, et intègre les rangs des troupes alpines. Blessé au combat dans les Alpes, à la frontière franco-italienne, il est libéré de l'armée.

Après la guerre

En novembre 1945, Daniel Samuel épouse Martine, née Levie, rencontrée alors qu’il préparait de faux documents pour sa famille. En 1947, le couple s’installe à Paris et vit avec la famille de Martine. Ils ouvrent une boutique d'optique qui devient vite prospère. Avec le temps, leur commerce se développe. En 1952, à contre-cœur et sur l'insistance de son beau-père, Daniel change son nom de famille Samuel pour son nom de résistance Gauthier, une décision qu'il regrettera par la suite. Daniel et Martine ont eu quatre enfants. Deux ont repris le nom de Samuel et deux ont conservé celui de Gauthier. Daniel Samuel a fait partie des dirigeants du bureau français du Keren Hayesod avant d’en devenir le président. Il a également dirigé la communauté juive libérale. Trois de ses enfants ont fait leur alyah en Israël : Claude (nommé d'après son oncle Claude assassiné pendant la Shoah), Olivier z”l et Remy. Terri vit avec sa famille à Toulouse.

Daniel a toujours gardé les artefacts datant de ses années de résistance et les a conservés depuis la fin de la guerre. A sa mort, sa famille a décidé d’en faire don à la collection d’objets de Yad Vashem.