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The International School for Holocaust Studies

Texte de la légende des enfants du ghetto de Lodz



C’est la légende d’un Prince dans un pays merveilleux
Et de ses moments de bonheur, trois générations durant,
Hiver, printemps, été, automne
Et ce, en dépit des souffrances et de la faim.
Dans un palais majestueux, entouré de ses compagnons,
Règne un roi puissant et sans égal.
Sur ponts et moulins il étend son bras long
Des messages d’abondance il dépêche au lointain.
Sous un poids écrasant ploie le corps de l’enfant:
« Le monde ne changera-t-il pas? »
Le cœur du Prince se contracte de douleur
A la vue du visage triste de l’enfant,
Quand, dans le silence du palais,
Retentit le chant du coq
Et au loin errent les aspirations royales.

Les rivières ont gelé, les cigognes ont depuis longtemps déserté.
La neige a recouvert le sol de son manteau blanc
Et cependant notre bon et généreux roi
Se dévoue corps et âme, en toute foi,
Il ne nous décevra pas.
Par un bel après-midi d’été
Sous un beau et chaud soleil,
Près d’un ruisseau et d’un arbuste à myrrhe,
Les anges ont déclaré ce message:
Quiconque désire rester au Paradis,
Ne doit pas perdre un seul moment
Et franchir à l’instant la ligne d’arrivée.
Qu’il vacille, il ne se relèvera pas
Et sera chassé du Paradis à jamais
Et sera exilé dans son ancienne contrée.
De loin déjà ils aperçoivent l’obstacle.
Celui qui réussira et accomplira sa mission,
Sans faillir et sans s’effondrer,
Sera ordonné chevalier
Et à la cour sera honoré.
Tous ont oeuvré pour la gloire de leur pays,
Avec force et courage, de longues heures durant,
Penchés sur leurs machines à coudre.
Les robes volent et passent les portes,
Les ceintures s’empilent de partout,
Car le sort du Paradis est entre leurs mains.
Quiconque saura franchir cet obstacle,
Ses mains ne cessant de coudre et coudre,
Qui se tiendra droit,
Sera grandement récompensé.
Ils ont parcouru une route longue et cahoteuse,
Et voici que devant eux brillent des lumières.
Une baraque est là qui attend,
Plutôt petite, quelque peu sans charme.
De ses portes ouvertes, trois couples s’approchent en pleurant.
Une aiguille, l’œil en larme,
Une bobine de fil avec une jambe trop courte, Des ciseaux sautillant et pleurant d’amertume, « Quel malheur, dans quel pétrin s’est-on fourrés ! »
Tout le temps la bobine avance en tête,
Suit la machine à coudre, roulant en frémissant de rage et de colère.
Le tabouret, à ses cotés, avance, découragé.
Dans leurs yeux se lit un courroux impuissant :
« Quel destin! Nous avons été envoyés chez les enfants ! »
Manifestement cela tourne au conflit :
« Allez au petit atelier de production » dit la bobine,
« C’est là que nous avons été assignés. »
Ajoute-t-elle avec détermination et passion.
Une foule d’enfants se précipite à l’intérieur,
Une longue file se forme, la tension monte ;
Le premier jour de travail va commencer.
La sueur perle au front de la fillette
Elle cherche désespérément de l’aide… en vain,
C’est à cause de ces farces et tours que commettent,
Avec cruauté et méchanceté, ces petits démons et nains
Qui ne cessent de défaire tout ce qu’elle a cousu.
Ouf! Tous les obstacles se sont dissipés !
Tous les ennuis ont disparu,
Et à présent, la joie règne dans le cœur de tous.
Dans la grande salle
Le dur labeur, les soucis sont oubliés… pour l’instant.
Des murs accrochés, les modèles ont sauté aux cotés des enfants
Et les petites ouvrières ont sauté et tout abandonné,
En dansant et en tourbillonnant, elles sont sorties.
Tout s’est éclairci ; les obstacles ont disparu.
Démons et nains ne sont plus malins.
Ils sont là à gambader, à rigoler, en toute gaieté.
Tristesse, sauve-toi ! Pars, disparais !
La joie est notre royaume !
Ha, ha, ha !

Tristesse et inquiétude vont main dans la main
Elles ont dû éviter la petite école de Glazer,
Princesse Allégresse et Prince Joyeux
Ne manquent pas un seul jour d’école.
Qu’il est bon de gambader avec la Princesse dans la liesse
Qu’il est bon de travailler avec le Prince dans le bonheur.
Et le petit malin, avec ces tours de farce, renverse tabourets
Et ces facéties font rire même à l’heure du travail.
Les jours passent comme dans une légende dorée,
Chaque jour est un jour de doux bonheur.

La neige recouvre encore le sol de son blanc manteau
Et pourtant les petites ouvrières se font plus nombreuses,
Les portes des ateliers se sont grand-ouvertes
Des jeunes filles se mettent dans la file.
Devant les portes béantes, sans hésiter
Elles ont crié : « Entrons ! » et sont entrées.
Le visage illuminé, le sourire aux lèvres
Et d’une voix haute ont déclamé « Santé ! »

Elles se précipitent tel un torrent tumultueux
Elles remplissent toute la baraque,
Elles envahissent les couloirs,
De partout, des visages étrangers.
« Il n’y a pas de place pour bouger ! C’est bondé !
Ma jambe s’est coincée dans la cheminée !
Oh, ma main dans la fissure du mur !
Oh ! ma pauvre jambe, j’ai une crampe…
Nous sommes couchés comme des sardines en boîte,
Je ne peux plus bouger! J’en ai des frissons !
Au secours ! Laissez-moi bouger le genou !
Regardez !? Là-bas, ils nous montrent la route ! »
C’est l’aurore, le soleil, caché par la montagne, envoie ses rayons d’or.
Il illumine la crête et en un instant se découvre.
Ici et là, derrière les bosquets, les ombres jouent
Et disparaissent, les rayons jettent leurs feux de partout.
Des parterres de fleurs surgissent ici et là
Et viennent, comme au temps des légendes, envelopper le château.
Ses portes s’ouvrent facilement et une bande joyeuse sort en courant
Des cris de joie montent dans le ciel,
Hi-hi ho… quelle joie, quelle allégresse.
Les jeunes filles s’essoufflent,
C’est le grand réveil, le printemps est dans l’air.
La bande d’enfants, chantant en ce beau mois de mai,
Franchit en vainqueur la porte du château, le Paradis.
Le bonheur est leur compagnon et la joie est leur amie.
De loin on entend des supplications
Et la tristesse vient assombrir le regard des enfants
Déjà voilé par les larmes.
Nombreux sont les obstacles qui les guettent sur leur chemin,
Et pourtant ils sont déjà en route pour là-bas –
Là où la rivière prend sa source, la joyeuse troupe chante,
Et les murailles se remplissent de joie,
C’est ici que de l’aube au crépuscule montent les supplications.
Ils grimpent un chemin étroit et escarpé,
Autour d’eux, une sombre forêt. A chaque moment
Des ronces empoisonnées peuvent les blesser de leurs épines.
Et des gouffres qui s’ouvrent,
Un serpent géant surgit de chaque trou béant, les menaçant de son venin,
Monstrueux reptiles, lisses et gluants.
Avec d’horribles bestioles se cramponnant à leurs pattes,
Des insectes, des vers de toutes sortes.
Ils sont arrivés à un carrefour—ils respirent de soulagement.
Mais ce n’est qu’une vaine illusion ; sous leurs yeux
Surgit un dragon horrible et menaçant, créature immonde!
Et voilà que reprend la lutte des titans.
Un dur combat, un monstre pour adversaire, face à face.
Les temps sont difficiles, les jours fatidiques,
Avec de nouvelles inquiétudes, de nouvelles souffrances.
Quelques-uns se sont retranchés, le courage les a abandonnés,
D ‘autres continuent, ils ne sont qu’un petit noyau
Plein de volonté, de détermination et de courage,
Plus dur que la pierre, nul ne les vaincra, nul ne les épuisera.
Ils ne craignent ni les sorcières, ni les chats ni les chouettes,
Rien ne les effraie, même pas ce dragon à trois têtes.
Voilà que la gigantesque muraille se dresse devant eux.
La muraille est haute, épaisse, dépassant toute imagination,
Au pied, des douves remplies d’eaux meurtrières.
Que se passe-t-il ?
Le Prince sort de sa cachette, vêtu de magnifiques habits,
Ce jeune prince, beau et charmant.
Il abaisse le pont au-dessus de l’eau,
Et tend la main aux enfants,
Dans ses yeux la joie se lit,
Son visage resplendit de bonté et de bonheur.
C’était une très belle matinée ; une brise fraîche
Soufflait dans la cime des arbres
Et caressait le visage des enfants,
La rosée de l’herbe rafraîchissait les pieds des enfants,
Apaisant ainsi leurs blessures.
Ils ont été conduits dans une salle vaste et très lumineuse
Et là leur est apparu un ange vêtu avec magnificence.
Les visages, à sa vue, s’éclaircirent ; leurs inquiétudes disparurent.
Un enchantement féerique régna; la fin des souffrances.
L’ange, tenant une balance et une flèche d’or,
A examiné les fillettes et les a réparties.
Elles suivront à partir de maintenant des cours de formation,
Petites et grandes dans des classes séparées…