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The International School for Holocaust Studies

La singularité du ghetto de Lodz

Pr. Israel GUTMAN, historien




École juive avant la seconde guerre mondialeÉcole juive avant la seconde guerre mondiale

D’un petit village devenu une grande ville, Lodz et sa communauté sont fameuses pour leur croissance rapide. Des générations successives en ont fait l’une des grandes villes économiques d'Europe.
En 1808, Lodz comptait seulement 434 habitants dont 58 Juifs. 130 ans plus tard, à la veille de la seconde guerre mondiale et de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, la population était passée à 672 000 habitants dont 233 000 Juifs.

École juive avant la seconde guerre mondialeÉcole juive avant la seconde guerre mondiale

Les Juifs ont très fortement contribué au développement et à la croissance de la ville, à la fois comme industriels et chefs d'entreprise (des 156 usines qui se sont créées entre 1881-1900, 105 usines sont la propriété des Juifs) mais aussi comme ouvriers et artisans dans le textile. Ce commerce florissant a contribué à l'essor de la ville et a donné à Lodz ce nom de "Manchester de la Pologne"[1].
A la suite de l'invasion de la Pologne, Lodz est annexée au territoire du 3ème Reich et fait partie du Warthegau. Dans les premières semaines de l’occupation, les autorités allemandes du 3e Reich avaient envisagé la possibilité de la laisser sous le contrôle du Gouvernement Général. A cause d’une population nombreuse allemande, Hitler cède à l’administrateur en chef du Wartheland, Arthur Karl Greiser et c’est en novembre 1939 qu’il déclare Lodz annexée au territoire du 3ème Reich. Le fait d’annexer Lodz n’était pas seulement une décision d'ordre politique et administratif ; il s’agissait aussi d’en faire une ville aryenne au plein sens du terme : au niveau politique et au niveau socioculturel. Les Juifs devaient en être expulsés, comme ils le seraient du reste du Wartheland, de même que la population polonaise devait diminuer du fait d’un régime d’oppression.

Greiser exigea l’expulsion des Juifs de Lodz mais à la conférence interministérielle qui eut lieu à Berlin le 1er avril 1940, on ordonna de cesser tous les transferts des Juifs des territoires incorporés vers le Gouvernement général. Cependant, Greiser déclarait avec véhémence que cet arrêté ne touchait pas Lodz[2].
Dès le premier décret du 10 décembre 1939, où l’on parle de la mise en place du ghetto de Lodz, il est clair que l’intention est de concentrer pour un temps limité les Juifs dans des ghettos, car « l’expulsion immédiate des Juifs n’est pas réalisable »[3]. Dans un autre document du maire de la ville de Lodz, daté de juillet 1941, il est dit que selon les promesses qui avaient été faites, le ghetto de Lodz, devait « tenir », temporairement seulement (Ubergangsmassnahme), jusqu’en octobre 1940[4].

Rue du ghettoRue du ghetto

Le ghetto de Lodz (Litzmannstadt-Getto), qui fut "clos définitivement" le 1er mai 1940, devait servir en fait de camp de transit, jusqu'à l’expulsion définitive des Juifs de la ville. Rappelons que la mise en place des ghettos dans les territoires du Gouvernement général et dans les territoires incorporés au Reich a eu lieu entre les années 1939-1943. Des versions diverses des causes ont été données soit pour expliquer, soit pour accélérer l’emprisonnement des Juifs dans les ghettos. Il s'avère qu'il n’y a aucun décret général, unique et officiel pour l’établissement des ghettos, et leur établissement était le résultat des mesures prises par les autorités locales[5].
Les lois qui régissaient le gouvernement interne du ghetto ainsi que les mesures relatives à la fermeture des ghettos pour les couper du monde extérieur n’étaient ni uniformes, ni identiques dans aucun des ghettos. Le ghetto de Varsovie, fermé et bouclé, était séparé du reste de la ville ; alors qu'il y avait d'autres ghettos où l’on octroyait un permis de sortie pour un temps limité, uniquement pour s’approvisionner du nécessaire. Le ghetto de Lodz a été l’un des premiers à être créé en Pologne occupée, et son établissement devait être temporaire. Paradoxalement, c'est ce ghetto qui a "tenu" plus longtemps que tous les autres ghettos dans les territoires occupés à l’Est. Il est devenu une institution, son gouvernement et les mesures prises pour son fonctionnement sont devenus un modèle pour les autres. Des personnalités et autorités diverses – Juives et non-Juives – étaient envoyées à Lodz pour étudier et comprendre le système de gestion d’un ghetto pour le reproduire chez eux[6].
Le ghetto de Lodz présentait certains caractères qui, très remarquables, l’ont singularisé de tous les autres ghettos. Ces caractères ou ces phénomènes ont eu une influence sur les conditions de vie dans le ghetto et sur son destin. Dans cette étude, nous mettrons en lumière ces aspects-là. Ils nous permettront de mieux comprendre les faits et l’histoire de ce ghetto si particulier.

Chapitre 1

Carte des ghettos en Europe 1939-1944Carte des ghettos en Europe 1939-1944

Le ghetto de Lodz, deuxième grand ghetto après celui de Varsovie, était le plus fermé et le plus coupé du monde extérieur. A la veille de la guerre, la population de Lodz comptait approximativement 233 000 Juifs, et pourtant, en mai 1940, le ghetto en contenait plus que 164 000 seulement. Cette perte de plus d’un tiers de la population juive de la ville, en l’espace de quelques mois seulement, a plusieurs causes :

  • Les mesures anti-juives

    Dès les premiers jours de l’occupation, les Allemands ont instauré un régime de terreur et de persécutions qui a frappé les Polonais en visant en priorité les Juifs. En plus des violences et des persécutions dans les rues de la ville, un certain nombre de mesures et de décrets ont été imposés. Par exemple, un décret a été instauré imposant aux Juifs le port obligatoire d’un brassard jaune, qui devint ensuite l’étoile jaune. (Elle devait être cousue sur le devant et sur le dos des vêtements).
    On interdit aux Juifs de sortir de leur maison les après-midi. De plus, les juifs ont l’interdiction de se promener dans les rues principales de Lodz ainsi que d’emprunter les transports en commun. Du point de vue économique, une série de mesures fut lancée, qui non seulement spoliait les biens juifs mais les privait de toute possibilité de gagner leur vie. Ils furent renvoyés de leur lieu de travail. Les industries et commerces juifs furent confisqués. On leur interdit le commerce dans le textile, on bloqua leurs comptes en banque et on leur permit la possession de 2000 zlotys seulement.
    En décembre 1939, on procéda à Lodz, comme dans toute la région du Warthegau à l’application des lois de Nuremberg.

  • Fuite de la population

    Dès les premiers jours de septembre, les Juifs avaient fui Lodz pour partir en direction de l’Est avec toute une masse de réfugiés.

  • Les expulsions

    Une fois Lodz annexée au 3ème Reich, les autorités allemandes ont chassé les Juifs et les Polonais de leurs appartements qu’ils désiraient attribuer aux Allemands, et ont commencé les expulsions méthodiques de la ville.
    L’opération d’expulsion vers les territoires du Gouvernement général, accompagnée de violences et de spoliations de biens, s’est déroulée de décembre 1939 à janvier 1940.
    Fin janvier furent évacués tous les juifs du centre ville et de certains quartiers pour être concentrés du coté de la vieille ville et du quartier pauvre de Baluty, là où fut établi plus tard le ghetto. Le 8 février, le décret du chef de la police de Lodz, le SS-Brigadefuhrer Schafer, déterminait la liste des rues qui étaient assignées aux logements des Juifs et le détail exact du processus d’expulsion[7]. Le rythme des transferts n’avait pas apparemment satisfait les Allemands, aussi le 1er novembre eut lieu un pogrom où l’on força les Juifs à s’installer au ghetto. Démunis de tout, beaucoup furent assassinés.
    Après ce pogrom, tous les Juifs se concentrèrent dans le ghetto, hormis quelques dizaines de personnes que l’on avait autorisées à rester temporairement dans la ville en raison de leurs fonctions. Durant les mois de février – avril, on continua d’évacuer les Juifs vers le territoire du Gouvernement général, et principalement vers Varsovie. Il est intéressant de noter que ceux qui s’étaient enfuis ou qui avaient étés évacués dans les différentes vagues d’expulsion, constituaient en grande majorité la population juive nantie de Lodz et son intelligentsia.

  • La mise en place du ghetto

    Le pont qui reliait les deux côtés du ghettoLe pont qui reliait les deux côtés du ghetto

    Entre mars et avril 1940, le ghetto fut entouré d'une palissade en bois et d’une haie de barbelés. Fin avril, il fut complètement fermé et coupé du monde. Le 10 mai, Schafer sortit un décret concernant la garde du ghetto et la surveillance des portes. Il déclare que « toute tentative de sortir du ghetto sans autorisation entraînerait l’ordre immédiat de tirer sur les fugitifs. »[8]. Ces sanctions sévères (et uniques en cette période pour le cas de Lodz) ne seront appliquées que dans les dernières phases de la liquidation des ghettos[9].
    En peu de temps, le ghetto de Lodz devint hermétique, impénétrable et coupé du monde extérieur. Deux unités de la police allemande ont été préposées à la surveillance des « frontières » de l'extérieur du ghetto. A l'intérieur, la police juive en était responsable.
    Contrairement à d'autres ghettos, il était strictement interdit à ces unités policières de communiquer les unes avec les autres.
    Au début, on arrivait à faire passer des vivres clandestinement à l’intérieur du ghetto, mais à toute petite échelle. Les relations d'affaires qui persistaient encore entre Juifs et non Juifs, furent très vite interdites.
    Le chef de la police déclara que « tout commerce avec les Juifs était strictement interdit, que toute livraison de matériel serait qualifiée de délit de contrebande et donc sanctionnée »[10].
    Le ghetto de Lodz est peut être l'un des seuls ghettos qui n'ait pas fait de contrebande ; à savoir que les vivres n'ont jamais pénétré le ghetto d'une manière clandestine. Les Juifs du ghetto ne se sont jamais occupés de production clandestine qui soit passée à l'extérieur du ghetto. Ne sont jamais sortis du ghetto de Lodz des commandos de travail. Ceci coupait court à tout réseau de communication et en conséquence à toute livraison clandestine. Sans contrebande et sans production clandestine, les Juifs n'avaient besoin que de denrées alimentaires que seules les autorités leur fournissaient, et la production du ghetto n'avait qu'une seule et unique destination : les Allemands.
    La monnaie autorisée devait empêcher toute contrebande, (les Juifs du ghetto lui avaient donné pour noms : "haimkim" ou "rumkim", se référant ainsi au président du conseil juif, Haim Mordechai Rumkowski). Les billets, d'ailleurs signés par ce dernier, avaient quelque valeur au sein du ghetto, mais aucune à l'extérieur. Cette monnaie « fictive » était aussi un moyen très efficace pour spolier les biens des Juifs.
    Tiraillés par la faim, ils se trouvaient forcés d'échanger leurs possessions et leurs biens de valeur, devises étrangères et marks, en contrepartie de la monnaie en cours dans le ghetto car elle seule pouvait leur servir pour se procurer quelque nourriture. Certains pensent que Rumkowski aurait été à l'initiative de la mise en circulation de cette monnaie, d'autres émettent l'hypothèse les Allemands en auraient pris l'initiative, ce qui semble tout à fait conforme à leur système d'action.
    Mais peu importe, cet argent fut mis en circulation peu de temps après la fermeture du ghetto, et Rumkowski insista pour que cette monnaie soit utilisée comme seule valeur d'échange au sein du ghetto.

Chapitre 2

En février 1941, l’administration du ghetto comptait 5 500 employés, soit 6% de la population adulte. Fin 1941, ce chiffre atteignit presque 10 000 et, au 1er Août 1942, on pouvait compter 12 000 employés.

Le conseil juif de Lodz est considéré comme un phénomène singulier, en comparaison à ceux des autres ghettos de la Pologne occupée.
Cette singularité a sans doute sa source dans la personnalité dominante de Mordechai Haim Rumkowski, le « Président » du conseil des Anciens (Judenalteste) ou tout simplement le « Président » ou le « Roi Haim » (et ce ne sont que quelques-uns uns des surnoms qui lui ont été donnés).[11]
Le président de la communauté juive de Lodz, Lev Minsberg, membre du « Agoudat Israel » (note du tr : Agoudat Israel, parti politique juif orthodoxe pour la préservation du judaïsme et de la tradition juive), avait, la veille de l'occupation allemande, quitté la ville comme l'avaient fait de nombreux activistes qui appartenaient aux institutions communautaires, organismes politiques ou sociaux.

Timbre édité par le JudenratTimbre édité par le Judenrat

Pendant une courte période, les membres du conseil encore présents sont restés en fonction à la tête de la communauté juive, et parmi eux, Rumkowski. Un mois après la réorganisation de ce conseil communautaire (le premier « Beirat »), ses 31 membres sont convoqués par les autorités allemandes ; ils seront presque tous liquidés. Rumkowski est l'un des trois membres qui sont libérés, on lui ordonna d'organiser un nouveau conseil. Ce qu'il fit en le constituant d'un grand nombre de ses proches.
La liquidation du premier « Beirat » dans des conditions obscures avait jeté un trouble profond au sein de la communauté. Ceux qui ont critiqué le plus Rumkowski parmi les rescapés, l'ont accusé d'être responsable de la liquidation physique du premier conseil de Lodz. L’historien Philippe Friedman a adopté ce point de vue. Il estime que Rumkowski n'aurait pas pardonné aux membres du premier conseil qui « avaient refusé d’accéder à toutes ses demandes et rejeté sa politique intérieure ». C'est donc pourquoi "il a abandonné la vie de ces Juifs entre les mains du bourreau » "[12]. Il me semble que cette grave accusation n'ait aucun fondement et qu'elle s'est greffée sur la tendance générale de rendre Rumkowski responsable de tous les évènements néfastes et tragiques qu'ont vécu les Juifs de Lodz, et ce, malgré le manque de preuves concernant son implication. Bien au contraire, les témoignages que nous avons recueillis soulignent que Rumkowski a tenté de sauver ceux qui avaient été arrêtés[13].

Haïm Rumkovski, le dirigeant du ghettoHaïm Rumkovski, le dirigeant du ghetto

Rumkowski est né à Ilino (Russie) en 1877. On ignore à quelle date il est arrivé à Lodz, mais on suppose qu'il était déjà d’un âge avancé. Le futur chef du ghetto de Lodz était un homme inculte, et certains pensent que son niveau scolaire s’arrêtait au primaire. Il était dans le commerce et l'industrie, possédait quelques biens. Il a connu des hauts et des bas. Avant l’occupation, Rumkowski occupait un poste d'agent d'assurance. Il s'intéressait aux activités publiques et y investissait son temps et son énergie. Il appartenait aux "sionistes généraux"et était leur représentant au conseil communautaire. Mais à la suite d’un conflit avec Agoudat Israel, Rumkowski se brouilla avec les membres de son parti - il avait refusé de donner sa démission, eux l’avaient fait. Rumkowski fut parmi les membres fondateurs de l'orphelinat Helenowek, une institution qui devint vite reconnue de tous, il en fut son plus fidèle et inconditionnel administrateur. Ses activités à l'orphelinat sont un peu obscures[14]. Malgré tout, nombre de ses adversaires durent reconnaître que cet homme, veuf et sans descendance, portait aux enfants un amour paternel, bienveillant et profond.
Bien avant la guerre, il ressortait du comportement de Rumkowski certains traits de caractère qui, avec la vie au sein du ghetto allaient atteindre leur point culminant.
Il recherchait les honneurs, il était autoritaire, ambitieux, persuasif ; il avait des dons d'organisateur et savait exploiter au maximum son entourage dans le but d’atteindre ses objectifs personnels.
Rumkowski, chef du 2ème ghetto d'Europe, a attiré une attention toute particulière de la part des historiens, des écrivains et des témoins qui ont laissé des écrits.[15]
Il semble, que beaucoup ont eu le désir de percer le mystère de cette force qui a motivé ce « vieillard du ghetto de Lodz » dans ses actions, dans sa politique mais aussi de percer le secret de son pouvoir et de sa résistance. Un homme qui avait tout pouvoir sur le ghetto, de l'occupation jusqu'à sa liquidation à l’été 1944 ne pouvait intéresser qu’un grand nombre de personnes. Cette puissance, grâce aux pleins pouvoirs que les autorités allemandes lui ont octroyés est un fait unique parmi les ghettos. Le 13 octobre 1939, « Leister », le commissaire de la ville de Lodz, a établi que « le doyen des Juifs » devait, dans le cadre de ses fonctions, circuler dans la ville en toute liberté, jour et nuit, être reçu auprès des autorités, et avait le choix de sélectionner lui-même les membres du « conseil juif »[16]. Au lendemain du 13 octobre, le commissaire lui étendit son champ d'action ; tous les corps et institutions publics du ghetto étaient soit démantelés, soit réorganisés sous la responsabilité du « doyen des Juifs ». Il était aussi mentionné dans le décret que tout membre de la communauté qui refusait de se soumettre aux ordres de Rumkowski devait être dénoncé, et « je procèderai de suite à leur arrestation ». Rumkowski était aussi en droit d'imposer les taxes qui devaient lui servir à assumer ses fonctions[17]. En avril 1940, avec la mise en place du ghetto, on étendit encore plus ses pouvoirs. Il avait le contrôle total de tous les secteurs de base nécessaires à la vie des Juifs. Il est mentionné entre autre dans le document : « … il vous incombe particulièrement d'assurer l'ordre dans la vie économique, dans le ravitaillement, dans la mise en place du personnel, dans la santé publique et dans le service d'entre aide sociale. Vous êtes autorisé à utiliser tous les moyens nécessaires et à donner tous les ordres relatifs à la matérialisation de ce but, et ce, avec la police juive qui est sous vos ordres »[18].
La fidélité de Rumkowski envers les autorités allemandes était connue de tous. C’est un sujet qui est beaucoup discuté dans les témoignages des survivants du ghetto, et aussi dans les journaux tenus par ceux qui l'ont côtoyé.

Haim Rumkovsky avec des élèves, 1941Haim Rumkovsky avec des élèves, 1941

Emmanuel Ringelblum a écrit dans sa chronique du ghetto de Varsovie en 1940 :
« Aujourd'hui, 6 septembre, Rumkowski de Lodz vient d’arriver ; celui qu'on appelle là-bas "le roi Haim". Un vieillard d'une soixantaine d'années, un homme nourri de hautes ambitions et un peu dérangé d'esprit ; il a raconté des miracles sur le ghetto. Il aurait, là bas, un état juif avec 400 policiers et trois prisons, un ministre des affaires étrangères et bien d’autres ministres »[19]. Et même Adam Czerniakov, le chef du conseil juif du ghetto de Varsovie a écrit dans son journal, le 17 mai 1941 : « C'est un bavard, imbu de lui-même et sot, il porte préjudice et ne cesse de proclamer aux autorités que chez lui tout va bien. »[20]. Nathan Heck, enseignant à Lodz qui avait ensuite fui à Varsovie, puis à Sosnowiec pendant la grande évacuation de Varsovie au cours été 1942, a raconté dans ses souvenirs que, Moshe Merin, président du conseil juif de la région de Zaglambia, et perçu comme l'un de ces présidents des conseils juifs très "obéissants" qui gouvernaient d'une poigne dure les Juifs, aurait dit lui-même : « Ce Rumkowski mérite, je ne sais quel châtiment … car c'est lui qui a montré aux Allemands le chemin… »[21]. Poznanski, qui a tenu son journal au ghetto de Lodz, a noté le 15 septembre 1943 que Rumkowski était venu à l’usine où il travaillait (ressort) et avait fait un long discours : « Il a dit qu'il fallait être très rigoureux dans son travail et surtout que D. nous en garde, de pas se mêler de politique »[22] . Les historiens, eux, ont porté un jugement encore plus grave que celui des chroniqueurs. Isaiah Trunk a dit de lui qu' « il avait instauré le régime nazi au sein même du ghetto » et que « plus il était exigeant et dur envers ceux qui dépendaient de lui au ghetto, et plus il se soumettait en toute obéissance aux autorités nazies »[23]. Philip Friedman se montre encore plus véhément à son égard.

Chapitre 3

Le ghetto de Lodz s'est distingué des autres ghettos par son organisation dans le travail, par son expansion et par les objectifs atteints dans le domaine de la production. Le système de production a fonctionné dès le début et s'est développé très rapidement. Le ghetto s'était quasiment transformé, selon Trunk, "en camp de travail soumis à un régime modéré". Le premier atelier de couture a été établi en mai 1940. En septembre de la même année, on avait déjà 17 usines (ressorts) dont 7 ateliers de couture… En 1943, 117 usines fonctionnaient, ainsi que des ateliers, des centres de tri, des hangars de marchandise… En juillet 1940, 40 000 travailleurs œuvraient dans les usines et bureaux, pour une population de 146 000 personnes. En mars 1942, le nombre de travailleurs atteignit le chiffre de 53 000.[24]
Tabaksblat assume que, début 1941, on s'était fixé comme objectif ultime de compter une population active de 25%. Pendant les années 1942 et 1943 on a compté 95% de travailleurs parmi la population adulte[25]. Le taux de production était très élevé. Greiser aurait même déclaré à son procès, après la guerre à Poznan en 1946, que le ghetto de Lodz était l'un des plus grands centres de l'industrie du Reich.[26]

Le quartier de la ville où le ghetto fut établi n'était pas à l'origine une zone industrielle. De plus, les usines des propriétaires juifs avaient été, tout au début de l'occupation, confisquées, ainsi que tout le matériel de production.
L' « altesta-rat » ou le Conseil des Anciens avait alors tenté d’empêcher le vol de matériel et avait aussi demandé la restitution du matériel confisqué mais en vain.
Le processus de productivité n'a pas été simple – il s’agissait de transformer toute une population en une armée de travailleurs pour un travail physique et avec des moyens rudimentaires. Dans le volume « Lodz » du carnet communautaire les conditions de travail dans les usines ont été décrites : un travail harassant et un maigre salaire.
Les délais des commandes étaient courts, le salaire des ouvriers était flexible et bas.
Quand des commandes urgentes arrivaient, on imposait des journées de travail de 12 heures. Les conditions étaient dures : de petits locaux, pas d'aération, un éclairage faible, des conditions inappropriées aux divers secteurs de production. De nombreuses opérations étaient effectuées manuellement ; faute de moyens techniques. Le taux de productivité était relativement élevé pour des travailleurs faibles et peu nourris. Biebow a même écrit dans son rapport à ses supérieurs le 19 avril 1943 qu'on avait exigé des Juifs une production de 300 à 320 semelles de bois par jour, alors qu’on exigeait des travailleurs polonais que 180 à 200 semelles par jour[27].
La gamme d'articles produits au ghetto était très variée. La nomenclature de produits des « ressorts » comprend la confection, la lingerie, la fourrure, le cuir, la menuiserie, les métaux, le papier, la brosserie, la cordonnerie, les appareils électriques et autres… Un préposé aux écritures, très versé aussi dans l'économie du ghetto, a noté dans ses carnets :
"On pratiquait tous les métiers, il n'existait pas un seul domaine qui n'ait pas son spécialiste. On travaillait pour l'armée et aussi pour les civils. Mais peu pour ces derniers, car seules les commandes de l'armée pouvaient justifier et couvrir les activités de Biebow.
La production du ghetto était, en fait, tout ce qu'il leur restait comme bien, après que leurs maisons furent détruites par les bombes. Beaucoup d'articles furent produits gratuitement pour certains Allemands qui avaient des postes influents. Les employés de l'administration de la ville, de la Gestapo, de la "KRIPO" (police criminelle) s'habillaient comme des rois grâce à l'ouvrage des Juifs."[28]
Les autorités allemandes qui contrôlaient le ghetto étaient installées dans plusieurs secteurs de la ville. Officiellement elles faisaient partie d'une branche de la municipalité de la ville (Der Oberburgermeister, Gettoverwaltung in Litzmannstadt) dont Biebow, responsable des autorités, était à la tête. Ancien commerçant de Brême, il avait les pleins pouvoirs sur le contrôle du ghetto. Biebow avait des relations florissantes avec les institutions économiques du Reich. Sa puissance venait de l'appui qu'il avait de Greiser. Contrairement à d'autres endroits, où les tensions et dissensions se reflétaient pleinement dans la vie du ghetto, du fait d'un pouvoir divisé entre municipalité, SS et bien souvent d'autres autorités, le ghetto de Lodz était sous la gouverne unique de Biebow qui bénéficiait aussi de l'appui des autorités municipales. La productivité du ghetto et sa contribution à l'effort économique du Reich lui importaient tout autant que ses intérêts personnels.

Photo de groupe de la police du JudenratPhoto de groupe de la police du Judenrat

On dit qu’il y a eu des conflits entre Biebow et Rumkowski. Le bureau des autorités situé sur la place Baluty était, en quelque sorte, la centrale des usines. De là arrivaient les commandes. Les comptes et les livraisons aussi passaient par le bureau central. Les travailleurs étaient tiraillés par la faim (en plus de leur portion de pain et de soupe maigre, on distribuait de temps à autre des surplus avec les « talonim » ou bons de ravitaillement. Ceci ne suffisait pas aux besoins élémentaires nutritifs et on voyait beaucoup de travailleurs perdre connaissance au milieu de leur labeur, faute de nourriture. Et pourtant, comme le souligne l'un des rescapés du ghetto, beaucoup préféraient aller travailler car le temps passait plus facilement pour ceux qui étaient occupés et le surplus de portions était un facteur à ne pas négliger. « Si quelqu’un ne se présentait pas au travail et n'était pas muni d’une ordonnance du médecin, il était immédiatement arrêté par la police juive et renvoyé de force à l'usine »[29].
Parmi les surveillants et contremaîtres juifs, peu étaient des professionnels, nombreux se sont montrés durs dans leur relation avec les ouvriers. Il y en avait d'autres qui se montraient plus tolérants et tentaient de les aider dans la mesure du possible.
Le ghetto de Lodz, contrairement à celui de Varsovie ou autres ghettos, s'est distingué par son régime égalitaire, en effaçant toute hiérarchie sociale. Ceux qui n'ont pas supporté les affres de la faim et qui se sont servis des provisions publiques avec excès sont peu nombreux. Celui qui avait une portion supplémentaire était considéré comme chanceux.
Eisenbach mentionne dans le tableau ci-dessous les taux de mortalité dans les ghettos de Varsovie et Lodz :

VARSOVIE LODZ
Année nombre global de morts nombre de morts pour 1 000 habitants nombre global de morts nombre de morts pour 1 000 habitants
1940 8 981 23,5 6 197 39,2
1941 43 238 90,0 11 378 75,7
1942 39 719 140,0 18 134 159,8

Les années précédant la guerre on comptait un taux de 9,6 pour 1000 morts.[30]
Le taux de mortalité était à Lodz presque égal à celui de Varsovie et a augmenté proportionnellement. Dans ces deux ghettos la faim et les maladies ont été des facteurs importants de la décimation de la population et ce, bien avant « la solution finale ».

Chapitre 4

Il est avéré que le recrutement en masse de la population juive de Lodz dans les usines du ghetto avait pour objectif de les protéger de la menace d’expulsion et de liquidation. Il est effectivement établi que cet acharnement dans le travail dans les ghettos de l'Est de la Pologne, tels ceux de Bialistock et Vilna, n’avait d’autre objectif que de rendre les Juifs utiles et nécessaires à l'effort de la production allemande, et de ce fait, d'arrêter leur massacre.
Dans les territoires de la Pologne de l'Est qui ont été occupés suite à l'opération « Barberousse » en juin 1941, une vague de massacres perpétrés par les « Einsatzgruppen » a eu lieu dans la seconde moitié de l'année 1941. C'est dans ces conditions, que beaucoup ont choisi le travail comme voie de salut, mais pas à Lodz. Le développement de cette organisation de main-d'oeuvre et la mise en place des usines venaient pallier, du moins au début de la création du ghetto, la crise économique qui avait touché les Juifs. Les Juifs de Lodz ont été spoliés de tous leurs biens dès le début de l'occupation allemande et ceci n'a pas cessé pendant toute l’existence du ghetto. Comme les Juifs nantis de Lodz avaient fui la ville, Rumkowski, l'Altesta-rat (le Conseil des Anciens) ainsi que ceux qui étaient restés ont été confrontés à une situation dramatique. Comment subvenir à l'économie de la population démunie et enfermée du quartier pauvre de Baluty ?
Dans l’un de ses discours en 1941, Rumkowski s'est vanté d'avoir déclaré au maire de la ville que « le ghetto était une mine d'or ». Face à l'étonnement de Helz devant ses propos, il ajouta : « J'ai au ghetto 40 000 mains travailleuses et c'est là ma mine d'or »[31].

Rue du ghettoRue du ghetto

Le 1er février 1941, Rumkowski aurait affirmé aux cadres de l'administration qu’ « un très grand nombre de Juifs aisés avait fui la ville avant la fermeture du ghetto et qu'il ne restait que la population moyenne, mais peu nombreuse, et la masse ouvrière qui a marqué de son sceau le caractère du quartier de Baluty… je me suis imposé la fonction de réglementer une vie normale à tout prix. L'objectif ne pourra être atteint que par l'embauche dans le travail. Et c’est là mon « motto » que de donner du travail au plus grand nombre possible d'habitants » [32].
Dans les témoignages, il est souligné que le problème crucial du ghetto était comment et de quoi il allait subsister. Et c'est ainsi que le premier réflexe qui fut d'enregistrer les artisans et ouvriers professionnels, pour utiliser les potentiels de cette main-d’oeuvre dans la production au sein du ghetto, vint du besoin pressant de créer une population active et de lui fournir des moyens d'existence. Et ce n'est que plus tard que la main-d'oeuvre et sa productivité sont devenus un facteur essentiel de l'existence du ghetto et de la survie de ses travailleurs. Nous avons mentionné au début que les autorités locales et le gouvernement du Wartheland désiraient expulser les Juifs et avaient entrepris la mise en place du ghetto dans une perspective uniquement temporaire.
Il y a eu des interventions au sein du Reich qui ont empêché le déroulement des opérations d'expulsion du Wartheland vers les territoires du gouvernement général. Plus tard, les rôles se sont renversés : les autorités locales ont trouvé que la productivité du ghetto leur était bénéfique comme source de revenus, elles se sont opposées à sa liquidation. Les autorités centrales du Reich et non pas les bureaux de l'économie (WWHA-RSHA, SS-WIRTSCHAFTS U VERWALTUNGSHAUPTAM) ont opté pour la liquidation du ghetto pour s'emparer de ses sources de revenus.

Biebow et ses supérieurs ont accepté de réduire le ghetto et d'envoyer une partie de ses occupants dans le camp de la mort de Chelmno. Pour des raisons strictement économiques, ils demandent à garder au ghetto un noyau actif et productif.
En juillet 1940, Hoeppner, officier de police du bureau central des SS à Poznan, a écrit à Eichmann : « Il me semble que Uebelhoer, responsable de la région de Lodz, n'a aucun désir de liquider le ghetto de Lodz, du fait que celui-ci lui donne l'opportunité de gagner beaucoup d'argent »[33].
Une source d'origine juive nous apprend que : « Alors qu'à l'heure où planaient au- dessus du ghetto de gros nuages noirs, on préparait sur les ordres de Biebow, une exposition de toutes les commandes reçues, pour bien montrer que le ghetto avait une importance pour l'Allemagne. C'est de cette manière, que de temps à autre on arrivait encore à prolonger l'existence du ghetto »[34].
Dans un courrier écrit en juin 1941, probablement du Dr. Marder, maire de la ville de Lodz, il est dit qu’au départ on pensait à la liquidation du ghetto et ce jusqu’en octobre 1940. Par conséquent, le comité de direction du ghetto « s'est préoccupé en priorité de ramasser tous les biens de valeur des habitants du ghetto afin de subvenir à leurs besoins d'existence. Puis, confrontés à la réalité que la liquidation du ghetto prévue à une date précise n'aurait peut être pas lieu à l'avenir, une immense organisation du travail s'est mise en place. Cette structure a créé une situation qui a fait que le ghetto n'était ni un camp de travail, ni camp de concentration, mais en fait un élément essentiel de l'appareil économique allemand (Gesamtwirtschaft), un genre de grande usine. Nous comptons maintenant 40 000 travailleurs pour une population de 160 000 au sein du ghetto. Cet état de fait est identique (en pourcentage) à la population active dans le Reich. Prochainement, le nombre de travailleurs augmentera probablement. Pour une industrie de ce genre, il est nécessaire, et selon ma conviction, d'établir les mêmes conditions que toute industrie économique du Reich[35] ».
L'administration locale du ghetto et des autres ghettos devint puissante et en retira certains intérêts : des gens de niveau moyen avait un contrôle presque total sur des centaines de milliers de personnes : leur activité les excluait des envois de militaires supplémentaires sur le front de l'est et leur donnait une vie relativement confortable et quelques avantages permettant ainsi de prospérer.
Et en conséquence, ce sont eux qui, sans aucun motif d'opposition ou d'ordre humanitaire – ont agi avant tout et uniquement pour des raisons d'intérêt de tout ordre – et ce sont encore eux qui ont demandé à prolonger l'existence du ghetto.
Himmler avait opté pour la liquidation des ghettos et la concentration de la population civile juive. En juillet 1942, il sort un arrêté ordonnant l'évacuation de toute la population du territoire du Gouvernement Général jusqu'a fin 1942, hormis quelques lieux qui seront des lieux transitoires de concentration, rassemblement et sélection. Dès le début de 1943, Hitler s'est concentré sur l’opération de liquidation et du meurtre de la population juive située en dehors du territoire du Gouvernement Général.
Dans près de 1 000 petits camps de travail dans la région de Poznan ont travaillé, dès le début 1943, près de 11 000 Juifs. Au cours de l'été 43, ces camps ont été liquidés, et suite aux ordres d'Himmler, les travailleurs ont été assassinés. A cette même époque, Himmler a ordonné à Globocnik, chef des SS et de la police du district de Lublin, qui contrôlait la liquidation des Juifs du Gouvernement Général (Reinhard Aktion) et la branche économique (la branche est économique – Ostindustrie-Itso), la liquidation du ghetto de Lodz et le transfert des forces productives du ghetto dans les ghettos de la région de Lublin, qui étaient sous les ordres du chef des SS [36]. Mais cette décision n'a pas été appliquée car Albert Speer, ministre de l’Armement avait les pouvoirs dans l'exercice de ses fonctions d’arrêter l'expansion économique des SS et ceci en relation à l'opposition de Greiser.
Un autre facteur qui a empêché la réalisation de l'ordre d'Himmler est en rapport avec les évènements qui ont eu lieu à Lublin. La révolte des prisonniers juifs au camp d'extermination de Sobibor en octobre 1943 a déclenché l'alarme au sein du gouvernement nazi. L'avancée des armées soviétiques a, elle aussi, suscité un certain malaise. Le résultat fut que, en novembre 1943, les prisonniers juifs des camps dans la région de Lublin ont été assassinés. Cet évènement a annulé tout projet de transfert du noyau de production du ghetto de Lodz à Lublin. En décembre, Himmler donna l'ordre de transformer le ghetto de Lodz en camp de concentration. On envoya à Lodz les représentants de la branche économique et du bureau central des SS, et parmi eux, Max Horn, pour voir quels étaient les moyens de transformer le ghetto en camp de concentration et de le transmettre à l’ « Osti ».
(Ndt : Ostindutrie GmbH fait partie de la structure de WVHA - organisme qui dirigeait les camps de concentration -)
A la suite de discussions, on opta pour opérer une sélection des habitants du ghetto et de garder un noyau de travailleurs, à condition que le régime et les règlements de sécurité soient en tous points semblables à ceux des camps de concentration, une question fut soulevée. Qui hériterait des biens des habitants du ghetto ?
Le gouvernement civil local ou les organismes des S-S.
C'est à ce moment que Speer est intervenu, en décembre 1943, ainsi qu’une délégation de la Wermacht et du service de contrôle des munitions de Posen et de Lodz. Biebow partit pour Berlin afin d'entraver les S.S. et préserver ainsi la situation : garder le contrôle du ghetto.
Selon Eisenbach, il fut décidé au Quartier Général de Hitler, en janvier 1944, de maintenir la situation telle quelle. On ajouta aussi que toutes les décisions votées lors de cette séance étaient aussi valables pour le ghetto de Lodz.[37]

Il est quand même intéressant de noter que Max Horn, responsable de l' « OSTI » avait exprimé son désaccord sur la direction des usines au ghetto, en insistant sur le fait que le taux de production était extrêmement faible.
De là, Einsenbach en déduit que l'ordre de « travaillons doucement », « Pracuj Powoli » de la résistance avait porté ses fruits. Mais on peut aussi penser que la position de Max Horn vint renforcer la demande des S.S. d'avoir le plein contrôle sur le ghetto. La question de la propriété des biens fut une nouvelle fois discutée, et le gouvernement local demanda le paiement de 18 à 20 millions de marks pour les machines et le matériel des usines. En février 1944, Hitler et Greiser se sont rencontrés à Pozen et ont tranché sur le statut du ghetto de Lodz. Il fut décidé que le ghetto ne serait pas un camp de concentration, mais le ghetto central de la région. On ne garderait dans ce ghetto que les Juifs utiles à la production.[38]
Et bien entendu on se répartit les biens et les possessions entre les autorités concernées.
On peut conclure en toute assurance que l'existence du ghetto fut, avant tout, la conséquence de sa performance dans le travail et dans la production. Ceci a conduit les autorités locales à s'intéresser à son existence.
Le ghetto de Lodz a vu passer 205 000 Juifs, et à sa liquidation en 1944, le ghetto ne comptait plus que 70 000 Juifs. Le ghetto de Lodz, tout comme les autres ghettos, fut la victime des persécutions nazies. Malgré les conditions terribles de survie et les convois vers les camps de la mort, il fut le dernier ghetto avec une concentration aussi grande de Juifs qui existait encore à cette époque dans l'Europe de l'est occupée par les Nazis.

Chapitre 5

Il existe plusieurs versions concernant la perception intellectuelle des Juifs à cette époque. Avaient-ils conscience de la portée des expulsions et de leur objectif, de leur extermination par les Nazis ?
Il est clair qu'au ghetto de Lodz, les rumeurs concernant les massacres ne sont pas arrivées de la même manière, ni en même temps, comme elles le furent dans les autres ghettos.
Dans les plupart des ghettos, les rumeurs des massacres perpétrés par les Nazis depuis juin 1941 arrivaient directement. Ces rumeurs venaient de Vilna ou des lieux des massacres, mais aussi de Varsovie. D’autres rumeurs venaient des « envoyés » ou les « chaliah » des mouvements de jeunesse qui diffusaient dans le pays occupé les terribles nouvelles.
Ces informations ont été,elles aussi diffusées dans les journaux clandestins publiés par la résistance du ghetto de Varsovie et distribués dans les autres ghettos.
Lodz était coupée du monde. Aucun envoyé n'était parvenu à franchir les murs du ghetto depuis sa fermeture hermétique, de même que le ghetto de Lodz n'avait aucun rapport avec les organismes de résistance de Pologne. Le 1er janvier 1942, lors d'une réunion secrète des mouvements de jeunesse pionnière du ghetto de Vilna, on lut une déclaration rédigée par Abba Kovner. Non seulement il parlait des massacres des Juifs expulsés de Vilna mais aussi affirmait que Vilna et la Lituanie n'étaient que les premières victimes d'une grande machinerie, et que l'objectif des Allemands était d'exterminer les Juifs de toute l'Europe [39]. Une telle affirmation, à cette époque, était très avancée. Elle était le fruit d'une intuition très forte et s'est vue réfutée par de nombreux Juifs. Pourtant, cette version s'est vue confirmée au sein des mouvements de jeunesse et des organismes de résistance. Mais là aussi, cette déclaration n'est jamais parvenue à Lodz. Nous n'avons aucun témoignage de controverses ou discussions sur l'ampleur et l'objectif des expulsions.
Le camp d'extermination de Chelmno était à une distance de 60 kms de Lodz et faisait partie du « Wartheland ». Le camp a fonctionné dès décembre 1941 et a été, en fait, l'un des premiers camps de la mort et des premiers lieux de massacres en dehors de ceux des Einsatzgruppen sur les territoires occupés soviétiques. Depuis décembre 1941, les rumeurs au ghetto de Lodz ont couru sur les expulsions à venir. On raconta que les expulsions étaient le fait d'une surpopulation du ghetto, une augmentation de 20 000 réfugiés qu'on avait ramenés en décembre 1941 du Reich et du protectorat tchèque, un surplus de population que le ghetto avait du mal à nourrir.
Rumkowski annonça officiellement l'expulsion en décembre 1941. Il parla des éléments non souhaités qui feraient partie des convois : « les criminels, les paresseux et parasites, les cas sociaux, et tous les trafiquants qui s'emparaient des biens des réfugiés ». Il parla de 20 000 personnes qui devaient être expulsées. Ce nombre devait, en fait, rétablir l'équilibre du ghetto après l'arrivée des réfugiés. On instaura un « comité pour les affaires d'expulsion » qui comprenait à sa tête, le chef de la police du ghetto, les officiels pour l'enregistrement et d’autres divers personnages.

Déportation des enfants vers le camp de ChelmnoDéportation des enfants vers le camp de Chelmno

Selon Tabaksblat, quand on demanda à Rumkowski, - qui devait partir dans les convois ? - certains ont soulevé le problème des vieillards et enfants, afin de laisser au ghetto la main d'oeuvre active. D'autres ont proposé les jeunes. Les Allemands parlaient d'un déplacement pour s'installer dans les villages des alentours. Puisqu’on n'avait aucune confiance aux assertions des Allemands, il se pouvait que les distances soient plus longues que prévues, ainsi les enfants et les vieillards n'auraient pas l'endurance nécessaire pour une longue route. De toutes ces présomptions, aucun n'avait envisagé que le convoi serait aussitôt exterminé à son arrivée, « cela n'était venu à l'idée de personne, même en rêve » [40].
Les médecins firent la première sélection, à savoir : retirer d'un convoi les personnes dont l'état de santé ne permettait pas un déplacement, les rabbins s'occupèrent de divorces rapides. On octroya à ceux qui partaient la permission d'emporter des affaires personnelles et de l'argent. 14 jours durant, du 16 au 29 janvier 1942, 14 convois sortirent du ghetto pour le camp d'extermination de Chelmno. Au total, 10 104 personnes furent concernées. Les convois cessèrent pour quelque temps et « le ghetto respire de soulagement ». Mais le 22 février les convois reprirent pour le camp de la mort.

Déportations du ghettoDéportations du ghetto

En février, on compte 7 000 Juifs de Lodz envoyés à Chelmno, en mars 24 700 personnes, en avril 2 350 personnes, en mai 11 000 personnes. Jusqu'au 15 mai, il y eut 66 convois. Au total : 55 000 personnes ont été déportées du ghetto [41].
Tabaksblat ajoute dans ses commentaires : « les premières semaines passées le nombre de déportés avait atteint le quota de 20 000 personnes, les convois ne cessèrent aucunement, et on se posa des questions : jusqu'à quand ? On les avait trompés… les rumeurs commencèrent… On parla de liquidation du ghetto, que tous seraient déportés sans exception. Ou ? Dans quel but ? Aucune réponse ne leur était donnée. Cette situation dura 4 mois, jusqu'à que le signal tant attendu arriva : Stop !
Le Diable avait assez dévoré et pour l'instant il était rassasié » [42].

Déportations du ghettoDéportations du ghetto

Les membres des différentes communautés participèrent aux conseils et se demandèrent quelles catégories de la population devait faire partie des convois. Et tout naturellement, les communautés s'occupèrent clandestinement de libérer leurs hommes de la liste des convois. Dans un chapitre des mémoires d'un homme du « Bund », il est dit que les membres du Bund avaient refusé de s'entretenir de ces questions. Pourtant, il est connu que même les membres du « Bund » avaient tenté de protéger leurs hommes [43]. Un des proches des partis religieux organisés au sein du ghetto témoigne que « lors du premier convoi, nul ne savait pourquoi les Allemands avaient besoin de leurs gens. » Lors des conseils, Rumkowski insista pour envoyer les vieillards et les enfants. Quand le « vieux » s'adressa aux rabbins et leur demanda qui selon eux devaient faire partie des convois : « ils ne purent dire que ceux qu'il ne fallait pas envoyer : les bébés et les malades – il n'était pas question qu’ils fassent partie des convois. Qui envoyer alors ? Le seul qui doit trancher est celui qui est responsable des négociations » [44].

Durant l'année 1941, des milliers de personnes furent envoyés dans divers camps de travail (certains mois le chiffre atteint plus de 100 000 personnes). Les familles recevaient d'eux des nouvelles et un salaire infime. Il apparaît qu'au ghetto, on n'avait pas vraiment fait une différence entre les convois vers Chelmno, qui avaient commencé en janvier 1942 et les convois vers les camps de travail. Yasni suppose que Rumkowski était au courant de la signification de ces convois, car dans le passé, on l'avait informé de la destination des déportés du ghetto, et cette fois-ci on ne l'informa de rien. Ainsi, selon la « chronique journalière » du 10 au 14 avril 1942, la Gestapo annonça, mais sans publication, que les déportés sont envoyés au camp près de Kolo, et que dans ce camp, plus de 100 000 Juifs s'y trouvaient déjà.
De ces deux faits, qui à l'évidence étaient connus de Rumkowski, il est difficile de conclure que le sort des déportés était connu de tous.
Chaoul Ash a décrit, selon une source allemande, la visite d'un Allemand au ghetto de Lodz, qui avait pour but de prendre contact avec une famille juive allemande déportée au ghetto. Dans son carnet, il mentionne que l'Allemand avait rencontré Léon Rozenblatt, le chef de la police du ghetto de Lodz. Ce dernier lui a raconté qu'il supposait le sort qui attendait les déportés, et qu'ils étaient mis à mort par le gaz. Selon Ash, il s'agit d'un homme intègre, l'écrivain allemand Friedrich Hilcher qui faisait partie des conservateurs radicalistes, et s'est détaché peu à peu des Nazis et « commença à s'occuper d'activités de résistance ». Pourtant, l'histoire est tissée de détails qui suscitent l'étonnement, et le fait que le chef de police ait ouvert son coeur lors de la visite d'un allemand au ghetto, n'est qu'un élément parmi d'autres. Avant tout, il spécifie que la visite a eu lieu en septembre 1941, or à cette époque, il n'y avait pas encore de déportés juifs allemands au ghetto de Lodz, il n'y avait pas encore de convois vers la mort et les camps n'étaient pas encore équipés de chambres à gaz [45].
Alors que le ghetto de Lodz vivait dans une atmosphère d’incessants questionnements et de sombres inquiétudes sur la destination des convois, à Varsovie, on avait très vite appris ce qui se passait à Chelmno. En janvier 1942, Yaacov Groianovski, juif du bourg d'Isabitza, a pu s'enfuir du camp de Chelmno. Il avait été forcé de travailler dans les commandos qui enterraient les Juifs massacrés.
En janvier ou début février 1942, Groianovski a pu arriver à Varsovie et a pu transmettre un témoignage complet sur ce qui passait à Chelmno. Il raconte les convois qui arrivaient sur les lieux, la manière dont se déroulaient les massacres. Le témoignage a été enregistré par l'équipe des « archives clandestine » du ghetto de Varsovie et a été envoyé par le biais de la résistance polonaise à Londres [46].
Dans le journal clandestin « Slovo Melodich » du « Gordonia » (ndt : mouvement de jeunesse à Varsovie), en février - mars 1942 a été publiée une liste énonçant les points suivants : « En plus des Juifs des villes de Kolo et de Dabie qui ont été tués à Chelmno, d'autres Juifs ont aussi été touchés. Du 2 au 9 janvier ont été déportés à Chelmno les Juifs de Klodawa. Le 14 janvier, les Juifs de Bougai ; le 14 et 15 janvier, les Juifs d'Izbica Koyabaska et à partir du 15 janvier, les Juifs du ghetto de Lodz. Il n'y a aucun doute que cette « aktia » était préparée d'avance.
Les responsables locaux de la gendarmerie avaient toute connaissance du sort qui attendait les déportés. Et outre le fait que ces malheureux ignoraient tout de leur sort, on les trompait en leur racontant qu'ils ignoraient tout projet néfaste relatif à leur déportation. La Gestapo qui dirigeait les opérations de massacre, avait un plan tracé dans tous ses détails. Le « motto » de ce plan reposait sur un principe : le secret absolu. En dehors des déportés du convoi, aucun étranger ne se trouvait sur les lieux de massacre, et jamais deux convois ne se sont retrouvés en même temps sur un même lieu. Les détails que nous vous transmettons ici ont leur source dans les témoignages des gens des alentours. Malgré tous les moyens de protection déployés, les échos des évènements tragiques qui ont lieu dans la forteresse de Chelmno ont pu nous parvenir. Par exemple : les descriptions détaillées et écrites qu'ont pu lancer par les fenêtres les pauvres malheureux qui enterraient les cadavres. Il n'y a aucun doute quant à l'authenticité des faits » [47].
Haike Klinger de la ville de Bendin (Zaglebie) a écrit dans son journal, que Mordechai Anilevitch arrivé en Zaglebie en mission « a confirmé ces rumeurs sur Chelmno, et a raconté qu’il existait un protocole exact sur le lieu et sur la procédure d'extermination » [48]. En juin 1942, Ringelblum a noté dans son journal : « ces dernières semaines c'est par la radio anglaise qu'on a appris les actes de barbarie perpétrés sur les juifs de Pologne : Chelmno, Vilna, Belcez, etc … » [49].
Est-ce possible que tous les évènements qui ont lieu à Chelmno, connus de tous dans tous les détails du ghetto de Varsovie et des autres ghettos et même dans les pays étrangers, est-ce possible qu'aucun écho ne soit parvenu jusqu'à Lodz ?

Dernière déportation du ghetto vers Auschwitz-Birkenau 30.08.1944Dernière déportation du ghetto vers Auschwitz-Birkenau 30.08.1944

Trunk prétend qu' « il n'y a aucun doute que Rumkowski connaissait déjà, depuis le printemps 1942, le sort tragique des déportés ». De ce qu'il restait des vestiges des ghettos liquidés des environs et qui ont été envoyés au ghetto de Lodz en mai 1942, on ne pouvait pas ignorer la destination des convois de déportés. Un déporté de Brzeziny avait une carte envoyée par le rabbin de Grabow, près de Lanczizca. Il portait le tampon de la poste du 19 janvier 1942. Il décrit exactement les activités du camp de la mort de Chelmno. « Quand on a informé Rumkowski de la teneur de la carte, il a répondu qu'il était dejà au courant depuis bien longtemps ». La source sur laquelle repose la théorie de Trunk n'est pas vraiment sure, et nous n'avons trouvé aucun rappel de cet évènement dans les documents de cette époque.[50]
Par contre, la carte du rabbin de Grabow est bien rappelée dans certains témoignages, et ceci en confirme bien la preuve. La teneur de la carte du rabbin J.Silman de Grabow a été publiée dans d'autres sources, mais nous n'avons pas retrouvé la carte originale.
Le rabbin affirme avoir eu certaines hésitations à parler des évènements, il n'en était pas encore convaincu. « Mais aujourd'hui, il y a eu un témoin, qui vient de là-bas du fond de l'enfer. C'est au village de Chelmno, à proximité de Dabie et tous sont enterrés dans la forêt, la forêt de Lukow. De même que pour Kolo, Dabie, lodawa, Izbica Kujawska. Oui, ils ont amené là bas des milliers de Juifs de Lodz.
Tous sont exterminés par asphyxie par le gaz ou les tirs des fusils… » [51]. Même si nous n'avons pas pu authentifier le contenu de la carte du rabbin de Grabow et ni vérifier son envoi aux Juifs de Lodz, il semble clair que lors de la déportation de septembre 1942 aucun doute ne subsistait sur le sort des déportés.
La déportation qui dura du 5 septembre au 12 septembre 1942 causa une impression de désarroi et de traumatisme chez tous les témoins et les chroniqueurs de cet évènement. Même la « Chronique journalière », relativement sobre dans ses propos, relate le 14 septembre cette période du 5 au 12 septembre 1942. « Elle restera à jamais gravée dans les mémoires d'une partie de la population du ghetto, qui aura eu la chance de survivre cette période de guerre. Une semaine, huit jours, semblable à l'éternité ! Il est encore plus difficile de comprendre aujourd'hui ce qui s'est passé.
Tel un ouragan qui a traversé le ghetto et a balayé sur son chemin 15 000 personnes (on ignore encore le nombre exact) et la vie qui a repris ses vieilles habitudes ».
La pleine signification de cette déportation est exprimée dans toute son ampleur dans le discours de l'Ancien du ghetto du 4 septembre 1942 : « … le ghetto a été frappé d'un terrible fléau. On exige de nous qu'on leur donne ce que nous avons de plus cher au monde – nos enfants et nos vieillards. Je n'ai pas eu le bonheur d'être père, et ma vie entière je l'ai consacrée aux enfants. J'ai vécu et j'ai respiré pour les enfants. Je n'ai jamais pensé qu'un jour, que ma propre main conduirait les sacrifices à l'autel. A mes vieux jours, je suis forcé de vous tendre la main et de vous supplier : mes frères, mes sœurs, donnez-les-moi ! Pères, mères, donnez-moi vos enfants … (des pleurs et lamentations s'élevèrent dans l'assemblée) »[52].
Tabaksblat décrit ces journées d'enfer, les expulsions de septembre : « … A l'aube, rue après rue, maison après maison ont été bloquées, et toute la population, du plus grand jusqu'au plus petit, enfants et vieillards, ont été forcés de se rendre soit dans la cour, soit sur le trottoir au coté de la maison, et les assassins, qui avec un revolver, qui avec un fusil, qui avec une mitrailleuse, ont sélectionné qui vivra, qui mourra. Celui qui semblera ratatiné, maladif, sera mis à part. Le reste, les bienheureux, ceux qui n'auront pas été choisis, eux pourront regagner leur maison. Et celui, qui sans sa mère, sans ses enfants, la tête baissée, et pourtant soulagé, il a la vie sauve. Dans la rue les camions attendaient, prêts à conduire ceux qui ont été sélectionnés après les avoir comptés. Les autres, impuissants et encore sous le choc, les chanceux, sont rentrés chez eux portant le deuil. Et pas un seul n'a pas eu le cœur brisé, le sang qui bouillonnait »[53] . Des doutes pouvaient-ils subsister quant au sort des enfants, des vieillards et des malades qui ont été arrachés avec violence à leurs mères et parents ?
Une rescapée a raconté longtemps après : « Il n'est pas possible d'utiliser le mot « ils savaient ». On avait des suppositions, et on y croyait. Fin 1942, à la suite des déportations, on a en eu les preuves. Pourquoi prendrait-on les vieillards, enfants et malades si ce n'est pour les tuer, les exterminer, mais nous n'en étions pas certains jusqu'au bout » [54]. Une activiste du groupe communiste, Barbara (Hinda) Beatus, a apporté son témoignage après la guerre : « Il y avait des discussions et dissensions entre nous, au sujet des déportations. Nous n'étions pas au très au courant ; nous ne pouvions croire que tous les déportés allaient à la mort. Ce n'est que bien après, à partir de 1943, que nous avons compris que les vieillards, enfants et malades avaient été exterminés » [55].
D'une manière paradoxale, la déportation de septembre de 1942 qui matérialisait le fait que les déportés étaient bel et bien envoyés à la mort, n'éveilla aucune prise de conscience et ni compréhension de la « solution finale ». L'expulsion n'a pas favorisé leur compréhension de la situation, les Allemands n'avaient pas l'intention de toucher telle ou telle communauté de juifs mais avaient en tête d'éliminer et d'exterminer dans sa totalité le peuple juif. D'autre part, la sélection entre les travailleurs et les inaptes au travail, a conduit à la conclusion que les Nazis n'avaient aucune réticence à tuer les juifs non productifs par contre ils épargnaient les travailleurs. Depuis l'expulsion de septembre 1942 jusqu'en juin 1944, un certain calme a régné au ghetto de Lodz.
Les rumeurs et les nouvelles se sont propagées sur les déportations vers Chelmno. De surcroît, la déportation massive de septembre 1942, avaient, chez certains, éveillés des soupçons ; chez d'autres avaient confirmé leurs soupçons. Les déportés étaient victimes de massacres. Et malgré cela, parmi les Juifs du ghetto de Lodz, des gens simples parfois des membres de la résistance, aucun n’est arrivé à la conclusion qu'il y avait un massacre systématique et général des juifs, et la signification de « la solution finale » leur était inconnue et incomprise jusqu'à la liquidation totale du ghetto.

Chapitre 6

Dans ce chapitre nous essaierons de relater les actions de résistance et de mettre en lumière les signes de révolte au sein du ghetto de Lodz.
Trunk, dans le dernier chapitre de son livre sur le ghetto de Lodz, chapitre qui précède sa conclusion, discute de la problématique de la révolte du ghetto de Lodz et là se pose la question cruciale : « Pourquoi le ghetto de Lodz, qui rassemblait un si grand nombre de Juifs et une population de longue tradition de lutte ouvrière, pourquoi ne s’est-il pas soulevé, du moins au stade final de l'extermination ? Ils auraient pu se révolter par une révolte armée, comme celles de Varsovie, Czestochowa, Bialistok et autres ghettos de l'Europe de l'est »"[56]. Il est important de souligner que toute absence d'opposition et de révolte armée au sein de ghetto ne signifie pas pour autant absence d'organisations ou d'opérations clandestines.
Le ghetto n'avait pas son propre réseau de combattants, mais les organismes politiques et publics ont eux opéré clandestinement, luttant pour diverses causes. Déjà en mai 1940, des manifestations spontanées ont eu lieu par ceux qui avaient faim. La tension monta en août et le nombre de manifestants s'éleva à deux mille personnes.
Ils exigeaient du pain et du travail. La police du ghetto eut quelques hésitations à réprimer les manifestants, Rumkowski fit appel aux Allemands et ces derniers dispersèrent les manifestants en tirant en l'air. Il arrivait parfois que la foule, affamée et désespérée, pille les magasins de ravitaillement et les chariots surchargés de meubles qui leur servaient de bois de chauffage. Selon les rapports, parmi les manifestants on comptait la foule affamée, les activistes politiques et les malfaiteurs qui profitaient de la situation troublée.[57]
Rumkowski utilisait la méthode du bâton, mais il n'était pas sourd aux cris des miséreux. Les responsables des partis se réunirent et soulevèrent des propositions pour améliorer la situation. On fit quelques amendements, ce qui allégea un peu la situation, et on mit en place des organismes d’entraide au service du secteur public : des cantines, sous l'égide des partis, et des coopératives d'entraide. Les dortoirs servaient de lieux de réunion à caractère politique ou culturel. Rumkowski réunit quelques membres des partis à qui il octroya des postes hauts placés, ce qui leur permit une certaine influence sur la vie du ghetto. Les membres du « Bund » préféraient ne pas intervenir dans les conseils avec Rumkowski, par contre, ils insistaient pour être représentés dans les conseils comme délégués des lieux de travail [58]. Au début, au vu de toutes les oppositions, Rumkowski chercha un appui parmi les opportunistes et chefs de cellules politiques ; ceux qui avaient un certain statut dans les lieux de travail. Cette collaboration lui permit d'organiser des cantines et des coopératives. Il semble aussi que les collectivités agricoles aient fonctionnées suite à cette collaboration.
Il semble qu'au départ les relations entre Rumkowski et les délégués étaient hésitantes et surtout réticentes. Mais ces relations ne durèrent pas longtemps et furent complètement rompues en 1941. Les représentants fidèles furent démis de leurs fonctions, on liquida les syndicats des maisons, les cantines publiques. Parce qu’elles fonctionnaient aussi comme des cellules politiques, elles furent fermées et même le tour des collectivités arriva.
Mais les groupes politiques continuèrent d'exister. Ils étaient plus fermés, retirés des activités économiques, mais leurs activités continuèrent sur le modèle des "ressorts", comme cadres d'organisation. Ainsi certaines révoltes se produisirent sur les lieux de travail. Dès 1941, des grèves éclatent et des manifestations s'organisent sur tous les lieux de travail : ateliers de couture, menuiseries… et autres. Les soulèvements sont spontanés et sont le signe d'une rupture suite à la misère et au tiraillement du à la faim, aux conditions de travail et à la dépendance envers d'autres groupes. Même si les activistes politiques n'étaient pas à la source de ces soulèvements, ils se retrouvaient dans la suite des évènements à la tête de ces manifestations comme dirigeants. Seules quelques manifestations ont donné des résultats et amélioré la distribution du ravitaillement et les conditions de travail, mais il y eut aussi des cas ou les Allemands sont intervenus avec pour conséquence des arrestations.
Les cellules actives dans la résistance engagées dans les organisations des usines « resorts » étaient sous l'influence du « Bund ». Moshé Lederman était à la tête ;
« Poalei Tsion de gauche » avec Emanuel Walinski comme membre responsable. On y trouvait les Communistes (ou « la gauche organisée » comme ils se faisaient appeler au ghetto), dont le chef était Zhula Pacanowska, figure respectée de tous dans le ghetto.

En plus de ces organisations et partis, il y avait d'autres courants sionistes et des groupes organisés religieux. Ce n'étaient pas des groupes importants mais de petites cellules qui conservaient la tradition politique de leur propre mouvement, un lien personnel et social les unissaient, et facilitaient l'entre aide matérielle pour leurs proches.
La colère et la révolte, qui se sont déclarées dans les manifestations de rue en 1940, dans les grèves au sein des usines depuis 1941, visaient le système du ghetto, Rumokowski, les contremaîtres, mais pas le régime nazi, seul responsable de la politique et des persécutions. Dans la structure du ghetto de Lodz, il apparaît fortement (plus que dans tous les autres ghettos), que les subalternes juifs à la tête du fonctionnement interne étaient les premiers visés. A force de tirer sur la corde, la foule veniat crier son désespoir envers eux et on envers les responsables de cette pression insupportable[59].
Parmi les initiatives à caractère politique, nous devons rappeler le slogan PP ("Pracuj Powoli" Travaillez au Ralenti) que les ouvriers des organisations de gauche ont diffusé parmi les travailleurs des « ressorts » [60].
Nous ignorons le poids réel de cette propagande, mais cette infiltration a peut-être amené l'idée de sabotage dans la production plus tardivement.
Nous savons que Rumkowski faisait la guerre à cette idée ; il était évident que tout sabotage de la production mettait en danger l'existence du ghetto, et tous étaient conscients de la situation. Dans les années 40-42 les différentes organisations se sont concentrées sur les activités d'information et d'entraide clandestine. La nature de ces activités, à cette période, rappelle celle de Varsovie et d'autres ghettos. Organisation d'assemblées, rassemblements pour cérémonies et autres évènements et discussions à l'ordre du jour sur les sujets d’actualité. L'entraide s'occupait de trouver des solutions sur les conditions de vie dans le ghetto. Le ravitaillement, les soins aux malades et aux nécessiteux, la promesse d'un travail plus adéquat et la protection face aux déportations étaient les principaux enjeux vitaux prioritaires.
Les mouvements de jeunesse intervenaient d'une manière plus intensive : organisation de classes d'étude clandestines, diffusion de bulletins, rassemblements ou l'on parlait ouvertement et où l'on discutait d'idées interdites. On lisait des livres interdits, on célébrait les commémorations, on parlait des écrits des leaders politiques du moment, de penseurs juifs et non juifs.
Dans les rangs des mouvements de jeunesse, on encourageait les jeunes gens à donner, à s'entraider et « les jeunes filles et garçons, entre 12 et 16 ans, tiraillés depuis si longtemps par la faim, enlevaient des fois le pain de leur bouche pour le remettre à la Caisse générale : 20 grammes de farine, 20 gr de pain, une portion de soupe et deux pommes de terre… c'est de cette manière qu’ils pouvaient sauver leurs amis qui avaient refusés de se présenter pour les déportations et qui devaient vivre dans la clandestinité, et en conséquence plus aucun bon de ravitaillement »[61]. Un membre du parti communiste a noté dans son journal : « je me demande s'il y a des endroits où les copies de Marx, Lénine ou Engels ont été copiées à la main autant de fois qu'ici »[62].
Un jeune activiste du « Bund » raconte comment ils ont fêté le 1er mai 1941 au ghetto et collé des affiches sur les murs. « En général, raconte un jeune activiste, on a pu compter au défilé du 1er mai dans les rues du ghetto1 087 personnes, dont 514 membres du parti, 390 membres du « Tzukumft » et 183 enfants du « SKIF » »…[63] (NDT : noms des partis en Yiddish)
Dans les registres des activités des mouvements de jeunesse pionnière, il est noté que « Gordonia » a organisé, en 1941, un séminaire sur l'histoire des juifs et connaissance du pays d'Israël, l'histoire du socialisme et de la littérature[64].
Les membres du « Shomer Hatzair » ont édité un journal dès les premiers jours de l'occupation du ghetto[65]. Des jeunes sionistes avaient eux aussi fondé leur mouvement appelé : « Front de la génération des fils de l'Exode », dans le but de donner un caractère sioniste à leurs activités.

Cette activité ressemble beaucoup à celle du ghetto de Varsovie tout au début, bien avant que les rumeurs de « la solution finale » lui parviennent. Et c'est à ce moment que tous les efforts convergèrent dans l'idée d'une révolte et d'une organisation de combat général.
A Lodz ce phénomène n'a pas eu lieu comme dans les autres ghettos où les jeunes des mouvements de jeunesse ainsi que leurs chefs se sont détachés des adultes, se sont organisés dans un cadre radical, ont préparé des plans de sauvetage, de révolte et de combat. A Varsovie, ces mêmes jeunes sont devenus de vrais leaders publics et ce pendant les derniers mois d'existence du ghetto, durant la révolte. Au ghetto de Lodz, on conserva et on monta clandestinement des appareils de radio, on diffusa les nouvelles des fronts, des combats et les nouvelles politiques. Ces appareils de radio étaient entre les mains de groupes politiques organisés (l'un d'eux était entre les mains des membres du « Bund ») ou entre les mains de particuliers, et les plus connus de tous sont le sioniste Chaim Widawski et Moshe Taffel, le hazan de la synagogue « Ohel Yaacov ».
Cette activité clandestine dura assez longtemps, sans dénonciation et sans arrestation.
Les groupes d'écoute des radios et les responsables des diffusions de bulletins ont opéré pendant les cinq années de guerre, jour après jour. Les nouvelles, comme celles de la révolte du ghetto de Varsovie, leurs sont parvenues de cette manière, et l'on commémora même le jour anniversaire de la révolte. Au ghetto, beaucoup étaient au courant de ces activités clandestines et de leurs opérateurs (les appareils de radio étaient strictement interdits depuis le début de la guerre) et c'est en juin 1944 qu'arriva la dénonciation et les opérateurs furent arrêtés et mis à mort. Chaim Widawski réussit à éviter l'arrestation mais se donna la mort, n'ayant pas le courage d'affronter les tortures qui l'attendaient[66]. Quelques appareils restèrent malgré tout en circulation clandestine car on apprend qu'en juillet les bulletins d'informations étaient encore diffusés.
Le ghetto de Lodz s'est distingué de par la conservation de ses archives, ses documents secrets, et il faudrait signaler le nom de Nachman Zonabend. Du ghetto de Lodz, il reste beaucoup de photos, ce qui représente en soi une résistance et donc un danger. On peut signaler le plus connu, Mendel Grosman. Il existe des rumeurs, vagues, que les dernières semaines au ghetto, avant sa liquidation finale, on ait envisagé une résistance organisée. Nous savons aujourd’hui que les choses n'ont pu arriver à ce stade là[67]. L'opération de résistance s'est limitée à des dizaines de personnes, voire une centaine ou plus, qui se sont cachés dans les bunkers du ghetto. Alors que pendant ce temps, plus de 800 personnes sont restées au ghetto pour ramasser tous les biens laissés par les déportés et le matériel des usines. Il y eut un cas, lors de la découverte d'un de ces bunkers. Hans Biebow fut agressé par l'un de ceux qui s'étaient cachés, Daniel Weisskoff. Mais se cacher était plus le fait d'actions sporadiques que le résultat d'une action organisée et encadrée.

Nous revenons maintenant à la question cruciale : pourquoi la révolte de Lodz s'est-elle limitée à un genre d'insurrection à caractère social, et dirigée uniquement contre le chef du ghetto et ses subalternes et non pas contre le régime qui était à la source de du mal, des persécution et des massacres ? Pourquoi les mouvements de jeunesse n'ont-ils pas lancé le mot d'ordre de la révolte et de la résistance armée et pourquoi n'ont-ils pas agi dans ce sens ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'initiatives et de sauvetages en fuyant hors du ghetto, en se liant à la résistance pour ainsi franchir les frontières ?

A la lumière des témoignages des survivants et des analyses des historiens, les causes de cette absence de tout signe de révolte semblent être principalement celles-ci :

  1. La fermeture hermétique du ghetto de Lodz et le manque de contact avec les autres populations juives extérieures au ghetto.
  2. La ville de Lodz était une ville à caractère spécifiquement allemand, on a noté qu'il n'y avait pratiquement pas de résistance polonaise dans cette ville, ce qui a eu pour conséquence une coupure totale de tout lien de communication avec un réseau de résistance, alors que ce lien existait pour les autres ghettos.
  3. Le départ et la déportation de nombreuses personnes engagées dans la vie sociale et politique. Ces mêmes personnes auraient pu devenir le potentiel nécessaire à la mise en place d'un réseau de résistance. Contrairement à d'autres ghettos, ces personnes, à l'étoffe combative, ne sont jamais retournées au ghetto de Lodz.
  4. Le régime de Rumkowski et sa politique, son pouvoir et son influence, et la présence du régime administratif allemand au sein de la vie du ghetto.
  5. Le manque d'information ou l'ignorance totale sur « la solution finale » et ses implications.

Cet ensemble de facteurs et d'éléments a tissé une réalité qui se distingue essentiellement de par sa singularité et de par sa particularité, et ce sont justement ces deux traits, si caractéristiques du ghetto de Lodz, que nous avons voulu mettre en lumière et vous soumettre dans cette étude.

(Cet article peut être lu dans son intégralité dans le livre : Chronique du ghetto de Lodz, Israel Gutman, Editions Yad Vashem, 1ier volume, janvier 1941-mai 1942)



[1] אשכלי א.ז (de l’hébreu) “La communauté de Lodz, l'histoire d'une ville”, Jerusalem, 1948, page 7.
[2] A. Eisenbach, (du polonais) vol. III, le Ghetto de Lodz, p.167, 1946, dokumenty i Materialy do Dziejow Okupacji niemickiej w. Polsce, Warszawa, 1946
[3] A. Eisenbach, op.cit. p. 26
[4] A. Eisenbach, op.cit. p. 117
[5] Voir les Minutes de la conférence du 21 septembre 1939 - Reinhard Heydrich aux commandants d’unités de la Police de Sécurité Einsatzgruppen pour discuter des mesures concernant les Juifs des territoires occupés. Il est dit entre autre dans cette conférence : « la concentration des Juifs dans les villes exigera nécessairement des mesures de sécurité générale, des quartiers seront interdits aux Juifs; et en raisons des besoins économiques, un couvre-feu sera imposé pour interdire toute sortie du ghetto à partir d’une certaine heure ». Beaucoup ont voulu voir dans ces phrases l’ordre de mise en place des ghettos…
[6] Plusieurs délégations se sont rendues dans le ghetto de Lodz en but de comprendre le fonctionnement d’un ghetto. Le 13 septembre 1940, une délégation de 15 fonctionnaires de la région de Varsovie a rendu visite dans le ghetto de Lodz afin d'apprendre sur la structure du ghetto en vue de la construction future du ghetto de Varsovie. En février 1942, une délégation est venue de Bialystok pour connaître les méthodes de gestion et d’administration pour gérer un ghetto allemand.
Voir :Isaiah Trunk, Judenrat, The Jewish Councils in Eastern Europe under Nazi Occupation, New-York, 1972.
[7] A. Eisenbach, vol. III, pp 35-49.
[8] A. Einsenbach, op.cit. pp. 84, 86.
[9] Le 15 novembre 1941 le gouverneur général Hans Frank émet un décret interdisant tout départ des quartiers juifs(ghettos) sous menace de peine de mort. Cette mesure de Frank était apparemment liée au plan de ‘la solution finale’, dont il semblerait être au courant. Voir Dziennik Rozporzadzen Generalnego Gubernatorstwa, 1941, nr 99.
[10] A. Einsenbach, op. cit. p.84
[11] Voir le décret de Heydrich dans ses détails sur la mise en place des Conseils juifs dans les Minutes de la conférence du 21 septembre et dans l’ordre du gouverneur général Hans Frank sur l’institution des Conseils juifs du Gouvernement général du 28 novembre 1939, Dziennik Rozporzadzen Generalnego Gubernatorstwa, 1939, nr 9.
[12] Pr. (Yeroham Fishel) Friedman, (de l’hébreu) p.605
[13] Voir la liste dans le journal מן המצר qui a été trouvé dans les ruines du ghetto de Lodz en janvier 1945, דפים לחקר השואה והמרד, p.121
[14] Pr. Friedman, p.604 « ses ennemis l’avaient accusé de relations un peu trop proches avec les jeunes filless et leurs enseignantes, voir aussi la note 2.
[15] Parmi les œuvres de littérature dont Rumkowski est le personnage central voir A. Rudnicki, Kupiec Lodzki, Warszawa, pp8-51, 1963, la trilogie qui analyse le personnage et le secret de son pouvoir et tenacité, qui a gouverné d’une main forte les Juifs du ghetto de Lodz du début de l’occupation et jusqu’à sa destruction en été 1944.
[16] I. Trunk, Judenrat, p. 25
[17] I. Trunk, op.cit. p. 17
[18] I. Trunk, op.cit. pp. 26-27
[19] Reingelblum, (du Yiddish) כתבים פון געטאת , וארשה 1961 , p.137.
[20] Czerniakow A. (de l’hébreu), - יומן גיטו וארשה 6.9.1939 - 23.7.1942, ירושלים תשכ"ט, עמ 184
[21] N. Heck (Akron) התועים בדרכי המוות הווי והגות בימי הכליון, ירושלים תשייך, עמ' 13.
[22] J. Poznanski, Pamietnik z getta lodzkiego, Lodz 1960, p. 101
[23] Trunk, op.cit. pp. 359, 369
[24] voir le Carnet des communautés, Lodz, p.27
[25] Tabaksblat, pp.76-77
[26] Procès d'Arthur Greiser, Proces Artura Greiser przed Najwyzszym Trybunalem Narodowym, 1947, p. 157.
[27]Le Carnet des Communautés, Lodz, pp 27-28.
[28] ב הערשקאוויטש,– (yiddish) - ליצמאנשטאט
[29] Ibid.
[30] A. Eisenbach, Hitlerowska Polityka Zaglady Zydow, Warszawa 1961, p. 231
[31] Voir annexe Trunk, p. 437
[32] Chronique du ghetto de Lodz,
[33] Eisenbach,op.cit., p.182
[34] הערשקאוויטש, עמ' 46
[35] Eisenbach, op.cit., pp 177-178
[36] Einsenbach, "La politique nazie", pp539-540
[37]Concernant ce sujet, voir l’étude d’Einsenbach, op.cit. pp. 558-570
[38] Ibid
[39] Voir le texte dans le dossier השואה בתיעוד , pp344-346
[40] Tabaksblat, p. 122
[41] Eisenbach, p. 217
[42] Tabaksblat, pp123-124
[43] Nirenberg, p. 259 : Yasni, op.cit.
[44] Ibid, pp.453-454
[45] Ash, עיונים בחקר השואה ויהדות זמננו , ירושלים תשל"ג עמ' 296 -316
[46] En juin 1942, son témoignage était connu de Londres. Archives de Yad Vashem, JM 2713
[47] Voir les journaux « Gordonia » pendant la resistance du ghetto de Varsovie, Hulda, 1966, le journal Slowow Mlodych, Varsovie, fevrier-mars 1942, voir l’article שקיעת היהדות של המחוז הקרוי "וארטבריקן" עמ' 204.
[48] H. Klinger, מימן הגיטו, מרחביה 1959, עמ' 60.
[49] Riengelblum, pp. 376-377
[50] Trunk, לאדזשער געטא, עמ' 374 .Trunk se fonde sur les écrits de Nirenberg, member du Bund, qui affirme dans ses mémoires avoir transmis à Tabaksevlat la carte du rabbin de Gravow se rapportant à Chelmno.
[51] La version en polonais de la lettre du rabbin de Gravow identique à celle de de Tabaksevlat se trouve dans dokumenty i Materialy z czasow okup w Polsce, I Obozy, Lodz 1946, p.233
[52] Trunk, לאדזשער געטא, עמ' 311 .
[53] Tabaksevlat, p. 156.
[54] Se référer à Hupert (note.66), p. 116.
[55] Barabar (Hinda) Beatus, « Lewica Zwiazkowa w getcie Lodzkim » BZIH, 54,(1965), p.49.
[56] Trunk, לאדזשער געטא, עמ' 464
[57] Voir les divers documents dans BZIH, numero 54
[58] Ibid, sur Gershon Fogel, pp. 104-112.
[59] ראש פדה, עמ' 64
[60] Voir BZIH, no 54, pp. 47,53, 70, 85, 92, 95, 99, 121 et aussi voir FEDA, pp 66-67.
[61] פדה, עמ' 65
[62] Halina Nadjuchowska, BZIH, no 54, p.102
[63] Voir les carnets de « BONEH » Binam Wiener actif au Bund et vivant actuellement en Australie, op.cit, p.115.
[64] Voir Riva Kviatkocska qui vit en Israel, op.cit. p.119
[65] Quelques numeros sont gardés aux archives « Patrimoine » de Givat Haviva.
[66] Sur les évènements relatifs aux radios et aux arrestations voir : BZIH, 54, voir les annexes no 37, pp. 33-35, no 38, p. 35, no 39, pp. 35-36, no 40, p.36, et aussi Trunk, לאדזשער געטא, pp. 469-471. voir Tabaksevlat, pp. 177-178. Nirenberg, pp. 292-293. BZIH, 54, annexe 72, pp. 132-133.
[67] Sur ceux qui se sont cachés BZIH, 54, annexe 71, pp. 130-131.