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The International School for Holocaust Studies

« Cachés » pendant la Shoah en France - L’histoire d’Ehud Loeb


Cette unité éducative est destinée aux élèves de CE2-CM2
Durée : Une leçon d’une heure

Livre du professeur :

Introduction

Lorsque nous racontons l’histoire de la Shoah par l’intermédiaire d’histoires individuelles, nous avons l’impression que comparer à l’histoire de ceux qui ont vécu dans les ghettos et les camps de concentration, ceux qui ont survécu grâce à la simple raison qu’ils étaient cachés, ont moins souffert. Néanmoins, si nous regardons plus en profondeur l’histoire de ceux qui ont été séparés de leurs parents dès le plus jeune âge, nous pouvons analyser différemment les faits. Nous découvrons des moments tragiques, des affronts très durs, qui laisseront une marque à vie sur leur personnalité.

Le livre « Cachés », raconte l’histoire de trois enfants cachés pendant l’occupation en France. L’histoire d’Ehud Loeb, celle de Gilbert Blum et enfin celle de Yaffa Ben-Yachar.
Grâce à l'aide de la population locale qui ont mis leurs vies en danger en cachant dans leurs foyers des enfants juifs ainsi que celles d'organisations juives comme l'O.S.E et l'armée juive qui ont coopéré avec les réseaux de résistance locaux, ces enfants ont pu être sauvés des griffes de l'occupant allemand.

Dans ce manuel éducatif, nous nous focalisons sur l’histoire personnelle d’Ehud Loeb. Nous allons essayer de comprendre comment les événements d’une enfance durant de la guerre l’ont influencé dans sa vie, même étant adulte.
Ce récit reflète l'histoire telle qu'Ehud s'en rappelle étant adulte et moins les précisions historiques.
Le récit a été adapté pour le jeune public.

Cette leçon est divisée en deux parties. La première partie consiste à un exercice de connaissance générale autour du sujet de la Shoah. La deuxième partie, nous approfondirons nos connaissances à travers l’histoire d’Ehud Loeb, basé sur le livre "Cachés".

Notes pour l'enseignant:
Le livre "Cachés" qui retrace l'histoire d'Ehud Loeb a été édité en 2002. Depuis 2013, nous avons poursuivi nos recherches concernant l'histoire personnelle d'Ehud.
D'autres documents sont mis à la disposition des enseignants dans ce kit pédagogique.

Outils de travail

  1. Le livre « Cachés ».
  2. Une carte géographique de la France et de l’Europe pendant la seconde guerre mondiale.

Plan de la leçon

Pour commencer, nous allons procéder à un exercice d’assemblage d’association.

Notes pour l’enseignant :

Nous demandons aux élèves de nous dire tous les mots qu’ils connaissent en rapport avec la Shoah. De notre expérience, les élèves connaissent beaucoup de notions et de termes sur ce sujet même si parfois, ils ne comprennent pas la signification de ces termes. Certains élèves sont gênés par cet exercice vu qu’ils ne connaissent pas de notions ou parce qu’ils ont peur de dire des bêtises.

Par l’intermédiaire de cet exercice, l’enseignant définira des limites historiques et géographiques de la Shoah.
L’enseignant inscrit au tableau les mots que les élèves connaissent. A la fin de l’exercice, le but est de faire de l’ordre dans les notions mentionnées.

1933-1939 : Hitler monte au pouvoir en Allemagne, la république devient alors une dictature. Les opposants politiques sont internés dans des camps de concentration et la propagande nazie et antisémite se propage dans tous les médias. Le régime nazi met en place des mesures anti-juives. Leur citoyenneté leur a été retirée. Parallèlement, Hitler annexa l’Autriche et les Sudètes.

1939-1945 : La seconde guerre mondiale débuta lorsque l’Allemagne a envahi la Pologne le 1er septembre 1939. Un an plus tard, la plupart des pays de l’Europe occidentale était occupée. En 1941, l’armée allemande envahie les territoires russes. Durant ces années, six millions de juifs ont été exterminés en Europe. Le processus d’extermination était progressif- au début les juifs ont été enfermés dans des ghettos où ils sont morts de faim et d’épidémie à cause des conditions de vie difficiles. Après l’invasion de la Russie, les Allemands ont exterminé les juifs dans les forêts des alentours puis plus tard les juifs ont été déportés dans des camps d’extermination.

Pour conclure l’exercice d’assemblage d’association, l’enseignant utilisera la carte de l’Europe occupée puis la carte de la France divisée en deux zones après l’invasion allemande. Il s’agit d’une période longue de l’histoire qui s’étend dans toute l’Europe. Nous allons nous pencher sur le destin d’un enfant qui a vécu durant cette période. Par l’intermédiaire de son histoire, nous essayons d'examiner la question de la Shoah avec les élèves de façon à se familiariser avec les concepts de base relatifs à la Shoah.

L'histoire d'Ehud Loeb

Ehud Loeb, est né en 1934 à Bühl située dans le Land de Bade-Wurtemberg du nom d'Herbert Odenheimer. Il a été expulsé à l'âge de six ans et demi de sa ville natale et déporté avec ses parents et 6.500 autres Juifs de Baden et du Sarre et Palatinat dans le sud de la France au camp d'internement de Gurs.

« Mes souvenirs d’enfance ressemblent à un film. Comme au cinéma, mon enfance a été jalonnée de légendes et d’action ; comme au cinéma, j’ai prouvé de l’émotion, j’ai vécu des événements inattendus ; comme pour un film, mes souvenirs me reviennent par éclairs, en images tronquées ; certaines sont très pénibles, d’autres impressionnantes, émouvantes. »

Ehud décide de raconter son histoire sous forme de film, il se souvient de flashes - certains plus traumatisants, d'autres très émotifs.

Q : Que signifie cette ressemblance ?
R : Comme dans un film, Ehud Loeb choisi de nous raconter des moments importants de sa vie et non pas tous les petits détails. Ehud est le metteur en scène du film et nous sommes les spectateurs.
A certains passages du livre, Ehud parle à la troisième personne. Il se déconnecte de sa propre histoire.

La ville de Bühl, photo prise avant-guerre. Sur le panneau à gauche l'enseigne de la papeterie-tabac appartenant au grand père d'Ehud Loeb, Bertold Schweizer. (Source: L'institut d'histoire de Bühl)La ville de Bühl, photo prise avant-guerre. Sur le panneau à gauche l'enseigne de la papeterie-tabac appartenant au grand père d'Ehud Loeb, Bertold Schweizer. (Source: L'institut d'histoire de Bühl)

L’enfance:
Ehud Loeb est né en 1934, dans la localité de Bühl en Allemagne. Il est né à la maison car à cette époque, il était interdit aux femmes juives d’accoucher dans les maternités allemandes. Le fait qu’il soit mentionné qu'Ehud est né en 1934 est important. Cela signifie d’une part que nous allons parler de la vie d’avant la guerre, mais aussi en ce qui concerne l’Allemagne, les Nazis étaient déjà au pouvoir et avez commencé à opprimer les juifs.
Ehud était le seul petit enfant juif de la ville.

Q: Quelles étaient les conséquences du fait qu'Ehud soit le seul enfant juif de la localité?


« Les lois raciales du régime nazi excluaient mon inscription au jardin d’enfants où j’aurai pu jouer avec des petits de mon âge. »

R: Il ne pouvait pas aller à l’école, il ne jouait pas avec des enfants de son âge. Il était plutôt entouré de sa famille. Nous pouvons qualifier l'enfance d'Ehud par une grande solitude sociale, il aurait aimé avoir des amis de son âge.

« La deuxième fois où je suis sorti seul dans la rue, des enfants m’obligèrent à me joindre à eux. Ils m’attirèrent de force dans la cour d’une maison et m’encerclèrent. L’un d’eux m’ordonna de faire pipi, puis de m’agenouiller pour lécher mon urine…J’étais là, debout, mes yeux allant de l’un à l’autre- peut-être l’un d’eux me défendrait aurait pitié de moi ? Personne n’a bougé. »

Carte d'identité portant la lettre 'J' pour mentionner Jude, c'est à dire "Juif", datée de 1939.Carte d'identité portant la lettre 'J' pour mentionner Jude, c'est à dire "Juif", datée de 1939.

Q: Pourquoi, d’après vous, personne ne protège Ehud ?
R: Ces enfants ont grandi en Allemagne nazie. Depuis leur plus jeune âge, ils reçoivent une éducation imprégnée de la propagande nazie. De l'extrait du témoignage d'Ehud, nous sommes témoins également d'une situation où il y a une grande pression de groupe sur chaque individu et donc la difficulté de sortir du lot et de soutenir une personne humiliée.

Q: Comment Ehud réussit à surmonter l'humiliation?
R: Grâce à l'amour de sa famille et son entourage:



"Je ne suis plus jamais sorti seul. Mes meilleurs amis devinrent mon oncle et ma tante de Baden-Baden, non loin de chez nous. Mon père m'amenait souvent chez eux. J'y passais quelques jours en gâteries de toutes sortes, avant de retourner chez moi écouter les histoires de ma grand-mère."

… "Mon père m'amenait à la synagogue le vendredi soir. Je sais aujourd'hui que le nombre de fidèles était minuscule. A l'époque, il ne restait que trente et un Juifs à Bühl. Je m'installais sur une chaise, près de papa, et j'attendais le moment où il me prendrait dans ses bras pour m'amener sur la haute estrade de la synagogue, où les juifs de Bühl avaient pour tradition d'écouter la bénédiction du Rabbin sur le vin, et de répondre "amen" en chœur. Etant le seul enfant de la communauté on m'accordait le privilège d'être le premier à tremper mes lèvres dans le grand verre à kiddouch en argent."

La mère, Julchen Odenheimer, née Schweizer La mère, Julchen Odenheimer, née Schweizer

Le père, Hugo Odenheimer, en uniforme durant la première guerre mondiale Le père, Hugo Odenheimer, en uniforme durant la première guerre mondiale

Le grand père, Bertold Schweizer en uniforme de la première guerre mondiale. Le grand père, Bertold Schweizer en uniforme de la première guerre mondiale.

La grand-mère, Sophie Schweizer La grand-mère, Sophie Schweizer

La tante, Erna Schweizer La tante, Erna Schweizer

Kristallnacht dans la ville de BühlKristallnacht dans la ville de Bühl
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Lorsque les actes antisémites se sont aggravés et que la synagogue de la ville a été brulée, les juifs de Bühl ont été contraints d'emménager dans la maison du Rabbin de la ville.

En 1940, les juifs de la localité ont été expulsés vers la prison pendant quelques jours, puis déportés vers le camp de Gurs dans le sud de la France.








"Les Juifs, qui avaient vécu quatre cents ans à Bühl, étaient expulsés en moins d'une heure…"

La synagogue de Bühl, 1920 (Source: Institut d'histoire de Bühl) La synagogue de Bühl, 1920 (Source: Institut d'histoire de Bühl)

La synagogue de Bühl, photo prise le 10 novembre 1938 au lendemain du pogrom de la Nuit de Cristal. 
(Source: Institut d'histoire de Bühl) La synagogue de Bühl, photo prise le 10 novembre 1938 au lendemain du pogrom de la Nuit de Cristal. (Source: Institut d'histoire de Bühl)

Façade de la papeterie familiale Façade de la papeterie familiale

Ehud Loeb et son père à Bühl Ehud Loeb et son père à Bühl

Première étape: : 22 octobre 1940- février 1941
Le camp de Gurs

"C'est de Gurs que j'ai gardé les souvenirs les plus épouvantables. Là mourut ma grand-mère Sophie que j'aimais tant. Ne parvenant pas à supporter les conditions de vie si dures qui nous étaient réservées, elle s'éteignit au bout de trois semaines.
J'avais six ans et demi et, en dépit de mon jeune âge, je devais, à l'aide de pierres, tracer des sentiers dans une boue gluante...
Dès notre arrivée, nous fûmes séparés de Papa....Tout était gris et glacial. La pluie tombait sans cesse et je dormais sur le tas de paille humide qui me servait de lit. "

D'un coup, la vie d'Herbert s'est renversée et tout ce qui lui était familier a brutalement disparu. Toutes les personnes, qui lui donnaient le sentiment de sécurité, ne sont plus avec lui à présent: sa grand-mère est morte, il est séparé de son père qui est transféré dès son arrivée au camp des hommes et Herbert est forcé à travailler. La chaleur et l'amour de sa famille, lui donnant tant de sensation de confiance, ne sont pas présents au camp de Gurs. Il comprend la situation assez rapidement:

"J'avais la nostalgie du lit de mes parents. A Gurs, les conditions de vies étaient intolérables, un véritable enfer."

Herbert est conscient que son enfance a pris fin dès son arrivée au camp de Gurs. Le lit de ses parents représente la chaleur et la protection qu'un enfant peut obtenir de ses parents. Ses parents ne sont plus en mesure de le protéger.

Vue du camp de Gurs(Source: Yad Vashem, Item ID: 101871) Vue du camp de Gurs(Source: Yad Vashem, Item ID: 101871)

Le camp de Gurs fonctionne dès mai 1940 comme camp d'internement mixte qui accueille des juifs de toutes nationalités – sauf français – capturés et déportés par le régime nazi dans des pays sous son contrôle (Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas).
Le camp s’étendait sur 1 400 mètres de long et 200 mètres de large, couvrant une superficie de 28 hectares. Le taux de mortalité était très élevé en raison des conditions sanitaires minimales, des épidémies et de graves pénuries alimentaires.
Malgré la perte de tous ses repères, Herbert est encore avec sa mère au camp de Gurs, ce qui lui apporte un certain réconfort.

"Maman était parvenue à trouver un peu de laine et avait tricoté des gants, qu'elle échangeait contre de petites portions de lait pour moi"

Mais cela ne va pas durer longtemps.
Le 15 février 1941, l’O.S.E – l'Œuvre de secours aux enfants (organisation juive), installa un dispensaire médical et obtint du gouvernement de Vichy la permission de faire sortir de Gurs de nombreux enfants, qu’elle plaçait dans des foyers répartis sur toute la France.

"…Je vis arriver deux personnes qui parlaient français. Je les revois près de moi, avec Maman, qui était très pâle. Elle me souleva, me serra contre elle avec tout la force qui lui restait et me murmura à l'oreille :" Pars avec eux Herbert…ils vont t'amener en lieu sûr. Ils vont bien s'occuper de toi et je viendrai après…" Avant même d'avoir eu le temps de réagir, j'étais déjà dans les bras d'un homme qui sortit précipitamment du baraquement et courut en me portant dans ses bras vers la palissade. "

La séparation de sa mère est décrite en quelques lignes, très brièvement. Herbert n'a même pas eu l'occasion d'essayer de contester la décision de quitter le camp.

Il est souhaitable de souligner aux élèves, les difficultés de la séparation durant la Shoah, le fait de quitter ses proches et partir avec un inconnu au milieu de la nuit vers un avenir incertain.

Q: Pourquoi d'après vous la séparation s'est faite si rapidement?
R: D'après la description, il est clair que la séparation a été difficile pour les deux côtés, la mère d'Ehud a été contrainte de se séparer de lui sans savoir ce qui va lui arriver, dans l'espoir que la décision prise permette de sauver son fils.

Cette proposition de travail en classe, nous permet de mettre l'accent sur le sauvetage pendant la Shoah en analysant les diverses étapes de la vie d'Ehud. Il est extrêmement important que les élèves comprennent la complexité impliquée dans le sauvetage d'un enfant, a fortiori dans le sauvetage de plusieurs personnes, la nécessité de la participation de beaucoup personnes et bien sûr un danger mortel constant, qu' Herbert a réalisé lui-même, en dépit de son jeune âge:

"…C'est qu'il fallait déplacer fréquemment les enfants pour brouiller les pistes. Hubert ne dit rien, ne se plaignit pas, il comprenait déjà que ses chances de se cacher et de ne pas être découvert dépendaient de son silence."

Deuxième étape: février 1941-31 Aout 1942
Le château de Chabannes

Felix Chevrier et sa femme Felix Chevrier et sa femme

Ehud a été transféré dans une maison d'enfant, au Château de Chabannes. Le Château de Chabannes à Saint-Pierre-de-Fursac, géré par l'OSE, devient un refuge pour de nombreux enfants juifs pourchassés.

En novembre 1939, Félix Chevrier, imprimeur, puis journaliste, accepte la direction du Château de Chabannes et en deux mois il fait d'un château à l'abandon un véritable lieu d'accueil pour des enfants arrivant de Berlin, de Varsovie, de Paris et d'autres pays, tout en respectant leur identité religieuse.

En 1942 le home héberge plus de cent enfants juifs. En 1943, ils sont cent vingt.

Felix Chevrier et enfants caches au Château de Chabannes, 1941. Felix Chevrier et enfants cachés au Château de Chabannes, 1941.

Le 26 Août 1942, des gendarmes français sont arrivés à Chabannes et ont arrêté six jeunes âgés de quinze ans, deux d'entre eux seulement ont survécu la déportation.
Ce fut un réveil brutal pour Félix Chevrier qui a décidé de faire son possible pour protéger les autres enfants.
Le 1er septembre, la gendarmerie lui a ordonné l'arrestation de plus de dix filles et garçons dont les noms figuraient sur une liste qu'ils lui ont donnée. Les enfants étaient tous d'anciens détenus des camps Gurs et de Rivesaltes. Profitant de fautes d'orthographe et autres erreurs sur la liste, le directeur a dit que quatre des dix étaient «inconnus» et les six autres avaient «fui» au moment où les gendarmes sont arrivés sans que personne ne remarque leur départ. Le Capitaine Chaumet, qui a dirigé la gendarmerie de Guéret, a écrit dans son rapport: «Il est clair à partir de mon enquête que M. Chevrier, savait que nous venions, n'a rien fait pour empêcher la fuite des enfants. Cependant, je ne trouve aucune preuve qui pourrait me conduire à écrire qu'il l'a encouragée."

14 mars 1983, cérémonie Justes parmi les Nations de Renée et Irène Paillassou. 14 mars 1983, cérémonie Justes parmi les Nations de Renée et Irène Paillassou.

Félix Chevrier et son équipe bénéficient du soutien d'une grande partie de la population des villages voisins et organisent la fuite des enfants dans la forêt à chaque alerte. Après la rafle de l'été 1942, les responsables du château de Chabannes angoissés à l'idée de nouvelles rafles contactent les deux institutrices de l'école, Irène et Renée Paillassou.

Vers la fin de 1943, l'OSE a décidé de fermer la maison et disperser les enfants.

En mars 1983, Yad Vashem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Irène et Renée Paillassou, les deux enseignantes de l'école communale en raison de l'action qu'elles menèrent pour déjouer la rafle qui devait arrêter enfants et personnel du château de Chabannes,  leur père, retraité de la gendarmerie, M. Paillassou, prévient ses filles, qui parviennent à prévenir M. Chevrier de la rafle de novembre 1943.
Le 3 mai 1999, Félix Chevrier recevra le titre de Juste parmi les Nations.

"C'est dans cette maison d'enfants qu'il m'arriva une chose curieuse: je décidai que je n'étais plus moi, que j'étais un autre enfant. Comment en effet aurais-je pu survivre sans les caresses de mon père, le toucher de sa main, sans les bises et la tendresse se ma mère?"

"…Herbert continuait à se languir de ses parents, Hubert, lui, avait parfaitement compris que l'heure n'était pas à la mélancolie et que la chose la plus importante désormais était de ne pas se laisser prendre par les Allemands."

Malgré les bonnes conditions et le soin dévoué, il ne cesse de languir ses parents. A partir de ce moment, Herbert se crée une nouvelle identité, Hubert, et se parle à la troisième personne. Pour la première fois de sa vie, Herbert se retrouve seul, sans personne de sa famille, sans un visage connu. Comme un mécanisme de défense, il trouve refuge en créant un personnage imaginaire.

Q: Qui est Hubert? Quelle est la signification d'adopter une nouvelle identité?
R: Il est fréquent que les jeunes enfants se créent des amis imaginaires. Hubert arrive à surmonter les difficultés de la vie, tandis que Herbert ne cesse de penser à ses parents. Il se partage en deux caractères: l'un est secrètement Herbert qui languie ses parents; Hubert est le deuxième enfant (le nom français) comprend maintenant qu'il doit continuer à vivre pour survivre et il est donc impossible de se lamenter sur le passé qui n'existe plus.

A ce stade de l'étude de l'histoire d'Ehud, il est important de discuter avec les élèves de la maturité des enfants cachés qui étaient jeunes mais réagissaient face à des situations difficiles comme des adultes. Rappelons aux élèves qu'Ehud a seulement 7 ans et demi et surmonte les difficultés physiques et psychologiques lui permettant de survivre.

Château de MontintinChâteau de Montintin

Troisième étape: Montintin

Après une courte période au Château de Chabannes, Ehud est contraint de continuer à se cacher, de craintes d'autres perquisitions allemandes, il est transféré par l'O.S.E dans une autre maison d'enfants, Montintin.
L'histoire est adaptée pour des jeunes enfants, c'est la raison pour laquelle le récit ne détaille pas sur les déportations et arrestations des enfants.
A Montintin, les responsables du personnel se préparent souvent à d'éventuelles arrestations:

"Tous les soirs, nous avions droit à un entraînement censé nous préparer à une fuite précipitée. A la sonnerie d'une cloche, tous les enfants devaient se lever précipitament de leur lit, s'habiller et se rendre à toute vitesse dans la forêt. Pour ne pas prendre de retard en s'habillant, les enfants pliaient soigneusement leurs vêtements au coucher."

En lisant ces lignes, nous avons l'impression d'un excercie militaire, hors ces enfants n'ont pas le privilège de jouer ou non à ce "jeu", cet entrainement est une question de vie ou de mort. Cet exercice deviendra plus tard un événement majeur dans la vie adulte d'Herbert.

Parmi les maisons de l’OSE, le Château de Montintin, au sud de Limoges, a été dirigé entre novembre 1942 et janvier 1944 par le docteur Raymond Lévy.

Au château de Montintin se trouvaient une centaine de jeunes garçons, des jeunes juifs allemands pour la plupart. Une centaine de jeunes qu’il fallait nourrir – en se ravitaillant chez les fermiers du coin , qu’il fallait éduquer , ils suivaient des cours, en particulier des cours de français, qu’il fallait occuper, il y avait un atelier de menuiserie et des moniteurs pour diverses activités. Des jeunes qu’il fallait aussi cacher quand la gendarmerie venait procéder à des arrestations.

Dessin dessiné par Ehud Loeb dans une maison d'enfants pendant la guerre.Dessin dessiné par Ehud Loeb dans une maison d'enfants pendant la guerre.

L’OSE décide de fermer le château en janvier 1944 et en 2 jours le docteur Lévy réussit à disperser la centaine de garçons : les plus vieux gagnent le maquis, d’autres sont pris en charge par une filière vers la Suisse, la plupart sont placés dans des familles de la région. C'est le cas d'Herbert, en septembre 1942, qui ira vivre chez un coiffeur dans un village de la région.

Le Château de Montintin a été réouvert en 1945 pour accueillir les enfants en instance de départ pour la Palestine mandataire (Aliat ha-Noar) et définitivement fermé en 1948.

Quatrième étape: Chez le coiffeur

Vers le mois de septembre-octobre 1942, Hubert est placé par l'O.S.E chez un coiffeur, il était mal nourri, battu et lui servait d'esclave. Hubert évoque cette période à la troisième personne, comme si il regardait de l'extérieur les évènements et ne les vivait pas réellement. C'était sa façon de réussir à surmonter l'impossible.

"Hubert alla donc vivre chez un coiffeur, dans un village. Il ne se plaignait pas des maigres rations de nourriture que lui donnait le coiffeur, il ne pipait mot quand le coiffeur le battait parce qu'Hubert n'avait pas bien ciré ses talons de chaussures. Il s'efforçait d'obéir à tout ce qu'on lui demandait. Il rangeait, nettoyait, astiquait, un petit esclave de huit ans, en somme."

Après un mois, une déléguée de l'O.S.E est venu lui rendre visite et se rendit compte des terribles conditions. Il est essentiel de développer avec les élèves, le rôle de l'O.S.E et de son personnel. Les étapes du sauvetage des enfants par l’O.S.E se caractérisent par l’ouverture de quatorze maisons pour les enfants sortis des camps d’internement et d'autres enfants cachés, puis la création, à partir de 1943, de circuits de placements clandestins, dont le célèbre circuit Garel. Celui-ci utilisa de nombreuses assistantes ou convoyeuses non-juives, dont plusieurs reçurent à ce titre la distinction de « Justes des Nations ». Beaucoup se trouvent dans le sud-ouest de la France.
Environ deux mille cinq cents enfants purent être cachés et un millier furent évacués par petits convois vers la Suisse. Au total plus de cinq mille enfants furent aidés d’une manière ou d’une autre par cette organisation qui perdit plus d’une trentaine de ses collaborateurs arrêtés et déportés sans retour.

Cinquième étape: Fin 1942-fin automne 1943
Chez les Roger

Après avoir quitté la maison du coiffeur, Hubert est installé par l'O.S.E chez la famille Roger à Buzançais.
A partir de ce moment, les élèves sont confrontés aux difficultés de cacher un enfant juif en temps de guerre, difficultés financières comme matérielles. La famille Roger ne recevait pas de bons de ravitaillement pour subvenir aux besoins matériels d'Hubert sans oublier le danger permanent d'être dénoncé aux autorités allemandes. Les élèves sont conscients du sacrifice journalier de la part de la famille Roger pour sauver un enfant juif.
Dans le cas précis du récit d'Ehud Loeb, une grande partie des habitants du village ont coopéré avec la famille Roger, sachant que celle-ci cachait un enfant et ne l'ayant pas trahi.

"A ce moment-là, les Français recevaient des bons de ravitaillement. Le nombre de coupons par famille dépendait du nombre de personnes, mais comme Hubert était caché, les Roger n'en recevaient pas pour lui. Madame Roger se mit à faire des heures de repassage chez ses voisins pour gagner quelques sous, avec lesquels elle achetait des aliments pour Hubert."

Jules et Jeanne Roger avec leur fils Robert, 1947. Crédits: Collection personnelle, Ehud LoebJules et Jeanne Roger avec leur fils Robert, 1947.
Crédits: Collection personnelle, Ehud Loeb

Hubert se souvient de cette période de la guerre comme étant l'une des meilleures de la guerre. Grâce à l'amour et la chaleur de la famille Roger, Hubert retrouve confiance en lui et en l'être humain, si bien qu'Herbert réapparait.
Herbert-Hubert commence à s'habituer à la vie chez les Roger - il étudie à l'école locale, mais il n'a pas vraiment d'amis, il préfère jouer avec les chiens, les chats et les lapins. Les animaux ont été utilisés dans de nombreux cas comme un refuge contre l'énorme solitude qui était le sort des enfants cachés.

Herbert est au courant des activités clandestines dans la Résistance contre l'occupant nazi de Monsieur Roger et assez mûr pour garder le secret.

Mais juste au moment où Herbert-Hubert a commencé à ressentir une sorte de stabilité dans sa vie, il est forcé de changer de cachette.

Sixième étape: Fin automne 1943-fin de l'été 1944
Chez Madame Roger, la grand-mère

L'année est 1943, le danger est plus que présent. Hubert est obligé de changer de cachette pour brouiller les pistes. Il doit finalement changer son nom de famille. Il se nomme à présent Hubert Odet et vit, maintenant, chez la grand-mère qui habite non loin de Buzançais. Au village, seul le curé est au courant du secret, il le fait l'enfant de chœur les dimanches à la messe.

Q: Que pensez-vous que signifie le changement de nom?
R: Odet est un nom français, il s'agit de la nouvelle identité d'Hubert. Depuis sa naissance, Herbert a changé à plusieurs reprises d'identité. D'Herbert Odenheimer né juif en Allemagne à Hubert un enfant solitaire puis cette nouvelle identité du nom de famille d'Odet. Il agit à chaque instant de sa vie avec une grande maturité sans exprimer la moindre contestation contre tous ces changements.

Herbert est exposé aux activités de la Résistance:

"La nuit, arrivaient chez la grand-mère des hommes qui cachaient des armes –des grandes et des petites- dans une remise, et préparaient des embuscades contre les allemands."

Herbert tente d'adopter le rythme de vie du village, il est responsable des animaux de la ferme.

"Un jour, Hubert gardait la vache dans le pré qui était complétement à découvert, et moi, je vis de loin une moto qui se rapprochait de plus en plus et dont je distinguai nettement les hommes qui l'enfourchaient: deux soldats allemands revêtus de leur uniforme vert de gris et armes de fusils. Quelle peur! Hubert reste glacé de terreur et moi je suis paralysé par la peur. J'ai la chair de poule et je sens des sueurs froides sur tout le corps, je me dis: c'est la fin."

Cet événement l'a tellement marqué que le motif imaginaire qui l'a aidé jusqu'à ce jour pour surmonter les situations difficiles ne peut pas chasser son sentiment de terreur, et les deux personnages, qu'il a créés dans son esprit - «Hubert» et «je», se mêlent l'un à l'autre.
Les enfants cachés vivaient constamment dans la peur, observant leur environnement de peur des soldats allemands patrouillant dans les villages.

Septième étape: Fin été 1944-printemps 1945
De retour à Buzançais

Une fois le danger passé, Hubert-Herbert retourne habiter chez les Roger à Buzançais et reprend son nom d'origine Odenheimer.

De retour chez la famille Roger, Hubert appelle Monsieur Roger 'Papa', qui réagit ainsi:

"…mais M. Roger lui dit en lui caressant la joue : "Je ne suis pas ton Papa, pour toi nous sommes comme un oncle et une tante". Et, en m'entourant les épaules de ses bras, il ajoute : "Bientôt la guerre sera finie et tes parents viendront te chercher."

Q: Pourquoi d'après vous Monsieur Roger réagit de la sorte?
R: Monsieur Roger insiste sur le fait qu'Ehud garde sa vraie identité, c'est la raison pour laquelle il lui raconte la vérité. Hubert voudrait peut-être oublier son passé et intégrer complètement sa nouvelle vie. Monsieur Roger sait qu'Hubert ne fait pas partie de sa famille et il tient à le préciser à Hubert.

Nous pouvons développer avec les élèves une discussion autour des difficultés psychologiques des sauveteurs dès le moment où ils accueillent les enfants. Le fait que ces personnes s'attachent aux enfants, et les considèrent la plupart du temps comme leur propre enfant. En dehors de l'acte de sauvetage organisé par les Justes et les difficultés physiques impliquées chaque jour, ils doivent mettre de côté leurs sentiments naturels envers l'enfant qui grandit dans leur maison pendant des mois.

Et la guerre prit fin. Hubert redevint Herbert et attend impatiemment que ses parents reviennent comme l'avait promis Monsieur Roger.

"Je fis mes adieux à la famille Roger et retournai à la maison d'enfants. Il y avait beaucoup d'enfants qui, eux aussi, attendaient leurs parents. Tous les jours, des pères, des mères, des oncles, des tantes, venaient les chercher.
Le nombre de pensionnaires diminuait sans cesse.
Jour après jour je voyais mes petits camarades embrasser qui un père, qui un oncle, qui une mère, qui un cousin… J'étais jaloux, bien sûr: j'ai fini par rester seul…
Et le lendemain personne n'est venu me chercher… Alors on m'a ramené chez les Roger."

Herbert commence à saisir les dimensions de la catastrophe, ses parents ne reviennent pas de déportation.
Le jour de la libération révèle l'ampleur de la destruction et on peut constater que de nombreux survivants ont perdu les membres de leur famille. Certains sont restés seuls au monde.

Herbert est à un carrefour difficile de sa vie, ses parents ne sont pas revenus et il se demande ce qu'il va devenir: Va –t-il rester chez la famille Roger? Devra–t-il se convertir?

Huitième étape: 25 janvier 1945-18 décembre 1958
En suisse; découverte d'un membre de la famille

En 1946, une représentante de l'O.S.E lui annoncera qu'il a de la famille en Suisse.

"La déléguée de l'O.S.E, déclara en nous regardant, les Roger et moi: "Hubert, nous ne savons pas où sont tes parents, mais nous avons appris que tu as de la famille à Berne, en Suisse." Je me suis dit en moi-même: "De la famille? Mais je ne les connais pas!" en me gardant de prononcer le moindre mot. […] Mais j'avais perdu l'habitude d'exprimer à haute voix ce que je pensais. Alors je me suis tu, et je suis parti pour la Suisse"

Notes pour l'enseignant:
L'O.S.E a dû détruire une partie de ses documents dès l'automne 1942 (quand l'œuvre de sauvetage de l'O.S.E a dû passer en clandestinité) et n'a donc pas pu trouver certains documents concernant l'histoire d'Ehud Loeb.

Herbert et ses parents adoptifs, Fritz et Anneli Loeb, 1955-1956. Crédits: Collection personnelle, Ehud LoebHerbert et ses parents adoptifs, Fritz et Anneli Loeb, 1955-1956
Crédits: Collection personnelle, Ehud Loeb

Herbert Odenheimer a 12 ans et a déjà subi de nombreux changements dans sa vie.
Tout ce qu'il souhaitait était de trouver une stabilité dans sa vie, s'installer avec la famille qu'il a appris à connaître et à aimer, la famille qui l'a sauvé, l'a gardé et qui a pris soin de tous ses besoins.
Malgré la douleur de la séparation, les Roger ont su agir avec une grande dignité et expliquer à Herbert qu'il devait grandir avec sa famille. Madame Roger l'accompagne lors de sa première rencontre avec sa famille en Suisse; il est toujours entouré, ne reste pas seul dans cette lourde épreuve.
Il avait 12 ans, et il a passé presque la moitié de sa vie entre un camp d'internement, des maisons d'enfants de l'OSE et la famille Roger.
Malgré son âge, Herbert part en Suisse sans le moindre objet appartenant à son passé.

"Dans le train qui m'amène en Suisse, je n'ai pas de valises. Même le slip que je porte est celui du fils des Roger."

Nous pouvons évidemment, avec nos élèves, parler d'un nouveau départ pour Herbert, d'une nouvelle étape dans sa vie si tourmentée. Mais nous devons également mettre l'accent sur le fait qu'il a eu beaucoup de mal à s'acclimater dans ce nouveau monde, cette nouvelle famille, cette nouvelle culture…cet environnement tellement diffèrent. Il vit son passé à travers ses souvenirs.
Un exercice que nous pouvons faire avec nos élèves, leur demander quels sont les objets qu'ils prendraient avec eux si jamais ils devaient déménager?

Herbert arrive en Suisse où il rencontre ses proches, les Loeb. Le passage en Suisse révèle un style de vie qu'il ne connait pas. Il a été officiellement adopté et retrouve lentement une vie normale.

"Soudain une femme se présente, une femme comme je n'en avais jamais vu. Elle porte une robe bleue à gros pois blancs, ses lèvres sont peintes en rouge, ses ongles vernis, interminables. J'ai une peur bleue quand elle m'a embrassé."
[…] Longtemps, j'ai raconté à tout le monde que j'étais catholique. J'avais même placé sur la commode de ma chambre une image de Jésus et de Marie que j'avais emportée de chez les Roger. … Une fois habitué à la famille Loeb, j'enlevais les images saintes de Jésus et Marie de ma commode."

Q: Pourquoi Herbert place le portrait de Jésus et de Marie sur sa commode?
R: Herbert recherche tout d'abord une stabilité dans sa nouvelle vie, ces photos ont été prises de son ancien lieu de résidence, elles symbolisent l'équilibre, l'assurance, la chaleur humaine de la famille Roger. Une fois qu'il se sent en sécurité psychologique chez les Loeb, il les retirera de sa commode.
Herbert ne parle pas de son passé, de son vécu durant toutes les années de guerre. Son entourage proche essaye de le protéger.

Q: Pourquoi Herbert ne raconte pas son passé à ses camarades de classe?
R: Le sentiment d'être diffèrent des autres, de ne pas être comprit. En Suisse aussi, Herbert a eu besoin de son personnage imaginaire, Hubert, pour surmonter les profondes divergences existantes entre lui et la communauté de Suisse qui n'a pas souffert pendant la Shoah.

Neuvième étape: 18 décembre 1958
Israëel, un nouveau départ.

Photo familiale 2014. Crédits: Collection personnelle, Ehud LoebPhoto familiale 2014.
Crédits: Collection personnelle, Ehud Loeb

En 1958, à l'âge de 24 ans, il immigra en Israël. Dès son arrivée, en Israel Herbert changea son nom en Ehud.
Il épouse Shoshana née Spiro et fonda une famille.
Il obtient son doctorat en histoire de l'art et a travaillé comme historien de l'art à l'Université hébraïque de Jérusalem et au Musée d'Israël.
Depuis sa retraite Ehud Loeb est bénévole à Yad Vashem, où il est membre de la Commission responsable de la reconnaissance des "Justes parmi les Nations".

Ehud a une grande reconnaissance envers ses sauveteurs. Depuis la fin de la guerre, il est resté en contact, il est allé leur rendre visite presque tous les ans. Plus tard il y retourna avec sa femme et ses enfants, et il continue toujours à être en contact avec leur fils et fille et leurs petits-enfants.

En 1989, Yad Vashem a décerné le titre de Justes parmi les Nations au couple Roger, Jules et Jeanne Roger, et en 2009 à la grand-mère, Louise Roger.

Ehud Loeb est également familier avec le travail de l'école internationale pour l'enseignement de la Shoah et assiste régulièrement à des rencontres avec des participants des séminaires de formation d'enseignants européens. En coopération avec le Bureau francophone, Ehud Loeb a publié ses mémoires où il retrace son histoire pour les jeunes lecteurs. Le livre "Cachés" est disponible à l'achat sur le site de Yad Vashem.

Suite à l'histoire personnelle d'Ehud Loeb, les élèves peuvent analyser diverses situations de sauvetage. De l'organisation de l'OSE, en passant par le directeur de la maison d'enfant au château de Chabannes, le coiffeur, le couple Roger, les habitants de Buzançais et Louise Roger la grand-mère, l'histoire d'Ehud Loeb nous permet une ample réflexion sur la question du sauvetage pendant la Shoah en France.

La France sous l'occupation allemande - Endroits où vécurent Ehud et sa famille
Les justes parmi les Nations

Photo prise lors de la cérémonie des Justes parmi les Nations en octobre 2008. Crédit: Collection personelle, Ehud Loeb.Photo prise lors de la cérémonie des Justes parmi les Nations en octobre 2008.
Crédit: Collection personelle, Ehud Loeb.

En 1953, la Knesset, en même temps qu’elle créait le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem consacré aux victimes de la Shoah, décida d’honorer « les Justes parmi les nations qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs ». Le titre de Juste est décerné au nom de l’État d’Israël par le mémorial de Yad Vashem. Au 1er janvier 2015- 25,685 Justes parmi les nations de 46 pays ont été honorés. En tout, les Justes ont sauvé des centaines de milliers de personnes.

Peut-être nommé Juste parmi les Nations toute personne qui :

  1. A participé de façon active pour sauver un ou plusieurs Juifs de la menace de mort ou de déportation vers un camp de concentration.
  2. A risqué sa vie, sa sécurité et sa liberté personnelles pour sauver un Juif.
  3. N’a recherché aucune récompense ou compensation matérielle en contrepartie de l'aide apportée.
  4. A eu son action confirmée par des témoignages de ceux qui ont été sauvés par cette personne ou de la documentation, établissant la nature du sauvetage et ses circonstances.

Chaque année, des centaines de noms viennent s'ajouter à la liste. Cet effort de retrouver et de valoriser les Justes est quelque chose d’unique dans le monde. Enfin la dernière question qu’il faut se poser est : Quels enseignements pouvons-nous tirer de l'histoire de la Shoah pour nos responsabilités aujourd'hui ?

Pour la liste nominative des 3853 Justes de France (datant du 1er janvier 2015), cliquez ici.

Points de réflexion:

  • Quelle responsabilité avons-nous vis à vis de personnes qui sont en danger ?
  • Une personne est-elle moins digne de protection si lui ou elle n’est pas de la même foi que moi ?
  • Peut-on sacrifier des vies humaines au nom du nationalisme ou de l’appartenance ethnique ?
  • A quels dangers les personnes ayant sauvé des enfants cachés s'exposaient-elles?


Textes par Ehud Loeb

Ci-joint deux textes écrits par Ehud Loeb.
Le premier parle de la transmission pour les générations futures.
Le second texte parle de la perte de ses proches, de son identité, de sa langue maternelle, de sa patrie.
Les deux textes reflètent les difficultés à surmonter la tragédie du passé.

L'ombre

« Ils m’ont tout pris : ma mère, mon père, ma tante Ema, ma grand-mère Sophie. Grand-mère est morte trois semaines après notre arrivée au camp de Gurs. Tante Ema, qui s’était mariée quelques semaines avant la déportation et s’était installée dans une autre ville, a perdu la vie quelque part dans l’est, avec son mari et l’enfant qu’elle portait. Mes parents ont été assassinés à Auschwitz. Je me souviens nettement de ce matin d’octobre 1940. Le soleil baignait la pièce exigüe où nous vivions, dans cette maison terriblement surpeuplée où s’entassaient tous les juifs de la ville. Nous étions trente : des jeunes, des gens d’âge mûr, des vieillards et des malades. Et moi, le seul enfant. Au petit matin, la Gestapo a fait irruption. Elle nous signifié notre transfert. On nous donnait une heure pour faire nos bagages. Dix kilos par personne. J’entends encore la voix de mes parents. Maman m’a soulevé de mon lit – j’avais six ans et demi – elle a fait ma toilette, calmement, avec des gestes lents, m’a habillé, et, avant de mettre mes chaussettes m’a dit : « N’oublie jamais, quand tu mettras tes chaussettes, que tu as les ongles des pieds de ton père. Et alors tu te souviendras de lui ». Puis elle a dit : « La nuit, regarde la lune. Si jamais nous sommes séparés, sache qu'où que nous soyons, nous regarderons la même lune ». Elle m’a embrassé très fort. Savait-elle ce qui nous attendait ? Papa a coupé une pomme en deux, puis chaque moitié en deux, et chacun de nous en a mangé un quartier, maman, grand-mère, Sophie, papa et moi. Avant de me donner le mien, il a dit : « mange toujours les pépins, c’est bon et c’est nourrissant et ça fait partie de la pomme. Un petit pépin a aussi de la valeur ». Je me rappelle chacun de ses mots. Après, maman m’a pris sur ses genoux et m’a dit d’un ton grave et solennel : « sache que tu ne seras jamais seul. Tu auras toujours une ombre, une ombre personnelle. Chaque être a une ombre. Elle ne te quitteras jamais ». La carte d’identité du petit Herbert Odenheimer (1939) Ils m’ont tout pris : mes parents, ma famille, mon enfance et mon espérance. Je ne suis jamais allé au jardin d’enfants et j’ai dû attendre l’âge de douze ans pour entrer à l’école. Je n’avais pas compris, à l’époque, les paroles de mes parents, ces paroles qu’ils m’avaient dites en octobre 1940. Je n’ai jamais revu mon père. Ma mère, je l’ai vu pour la dernière fois en ce jour de printemps 1941 où quelqu’un me fit sortir clandestinement du camp puis s’est occupé de me cacher. Jusqu’à aujourd’hui, les ongles de mes orteils me rappellent les paroles de ma mère. Jusqu’à aujourd’hui, la lune unit mon regard à celui de mes parents. Jusqu’à aujourd’hui, je mange la pomme toute entière, avec les pépins. Mais mon ombre n’a pas toujours été à mes côtés. Elle a disparu quand le ciel était de plomb. Elle m’a abandonné la nuit. J’ai été si seul, tant d’années durant… Juste quand je la cherchais, en ces nuits mouillées de larmes, en ces interminables heures de désolation, en ces journées grises de menace, dans les forêts épaisses où nous nous cachions, mon ombre me délaissait. Il y a des jours où je me demandais si elle était vraiment mon ombre à moi. Je me demandais même si j’étais vivant ou mort. Et quelle était donc ma véritable identité ? Qui était cet être vivant sous un faux nom, en se cachant, petit garçon juif qui des heures ou des jours durant servait d’enfant de chœur au curé qui disait la messe à l’église ? Quand mon ombre apparaissait, elle m’accompagnait et me rappelait qu’elle était tout ce qui me restait au monde. La chaude, douce et protectrice étreinte de ma mère, la main solide de mon père me caressant ma petite main, les histoires que me racontait ma grand-mère, les câlins de tante Ema qui avait des cheveux d’or comme ma mère – tout cela je l’avais perdu à jamais. J’ai compris que mon ombre n’était qu’un prêt : elle était avec moi, mais parfois disparaissait. Elle ne revenait que pour s’éclipser à nouveau. La promesse de ma mère était tenue mais seulement en partie : j’ai une ombre, mais quelquefois elle m’abandonne. En ces années de guerre, j’ai eu sept ans, puis huit, neuf, dix, onze ans, sans même une ombre sur qui pouvoir compter. Puis j’ai eu douze ans, et maintenant un demi-siècle a passé. Il m’a beaucoup été donné : j’ai eu une famille adoptive, j’ai fait des études, épousé une femme aimante, et nous avons quatre enfants merveilleux qui maintenant ont à leur tour de beaux enfants. J’ai un foyer, un métier, de bons amis. Je me coupe les ongles des pieds avec lenteur, application et recueillement. La lune, je la contemple longuement, en tentant l’impossible : renouer le lien avec mes parents, morts depuis si longtemps. Les pommes, je les mange avec les pépins, et chacun des mots prononcés par mon père revient à ma mémoire. Quand mes enfants étaient petits, je leur ai dit que chacun de nous a une ombre et je l’ai répété à mes petits-enfants. Sans explication. J’ai vu, avec amour et joie, s’écarquiller leurs yeux innocents. Ils ne pouvaient pas comprendre. Ils me regardent manger les p »pins des pommes avec une curiosité amusée. Et ils se blottissent contre moi quand je regarde la lune, sans se douter de ce que je cherche. Aucun d’eux ne sait que je poursuis une controverse muette mais acharnée avec mon ombre. Elle était censée rester toujours avec moi, particulièrement en ces années-là. Ma mère me l’avait promis. Et personne ne sait, non plus, qu’à la fin mon ombre me quittera pour toujours – de même que les mauvais et les beaux souvenirs. Qui saura comment étaient les ongles des pieds du grand-père de mes enfants ? Qui connaîtra la signification des pépins des pommes ? Qui saura que la lune aura joué un rôle important dans la vie de cet homme étrange qui était moi, Et nul ne se souviendra de mon ombre. »
Ehud Loeb
Traduit de l’hébreu et de l’anglais par Léa Marcou

Pour imprimer le texte "L'ombre", cliquez ici.


Mes trois pères et trois mères

C’est une image irréaliste, sans aucune logique, qui de temps en temps s’empare de mon esprit aux premières heures de la nuit quand j’ai des difficultés pour m’endormir. Peut-être est-ce un rêve qui se répète …

Après mon dernier jour sur terre j’arrive aux portes du ciel. A l’entrée l’employé chargé de l’enregistrement veut savoir mon nom. Je demande: lequel de mes noms ? L’employé sourit patiemment et poursuit: quel est le nom de tes parents ? Je pose une nouvelle question: desquels de mes trois pères et de mes trois mères ? A cet instant apparaissent, à côté du portail du ciel, tous mes six parents: mon père qui m’a engendré et ma mère qui m’a mis au monde, d’après le souvenir que j’ai d’eux, qui date de mes six ans et demi; ils moururent à Auschwitz quand j’avais huit ans. A leur côté se tiennent oncle Jules et tante Jeanne qui m’ont sauvé en France, mettant en danger leur vie et celle de leur famille afin de sauver celle d’un enfant juif, réfugié et pourchassé, tout seul et affamé. Ils ont été reconnus comme Justes parmi les Nations par Yad Vashem. Et près d’eux se trouvent mon père et ma mère adoptifs chez qui je suis arrivé après la guerre à l’âge de douze ans. Un an plus tard, ils m’ont adopté et ils m’ont donné l’amour de parents, une vie nouvelle, leur soutien et la possibilité de poursuivre mon existence.

Je contemple avec surprise ces six personnages. Mon père avait quarante ans quand son âme est montée au ciel en passant par une cheminée d’Auschwitz, mais je le vois maintenant plus jeune: il a saisi avec force ma petite main (j’avais quatre ans et demi) et m’a ramené rapidement à la maison: c’est la Nuit de Cristal et nous longeons la synagogue qui est la proie des flammes. Je ne l’ai presque plus vu depuis lors: jusqu’à notre déportation il partait dès l’aube, travaillait jusqu’à la nuit, accomplissant des travaux forcés pour l’armée allemande. Je vois ma mère me sourire avec tristesse: j’étais avec elle au camp de Gurs pendant une demi-année: elle faisait tout pour me rendre la vie plus facile, me nourrissait, me protégeait, jusqu’au jour où elle me confia, dans l’espoir que je survivrai, à des étrangers qui me firent sortir de là-bas et m’amenèrent dans différentes “planques”.

Pendant les années où je fus caché, je vécus par périodes chez oncle Jules et tante Jeanne. J’étais leur enfant en tout point, en dehors de mon vrai nom et des faux noms que l’on me donna quand on me transférait dans d’autres cachettes. Ainsi oncle Jules et tante Jeanne ne me permirent pas de les appeler Papa et Maman. Ils m’expliquèrent qu’après la guerre je retrouverai mes parents et retournerai chez eux, et que je ne devais pas perdre l’espoir. C’est pourquoi ils ne furent que brièvement mon Papa et ma Maman, mais je ne les ai jamais appelés ainsi. Ils furent très souvent en danger de mort à cause de moi et je vécus avec eux des moments difficiles – ce qui nous rapprocha encore davantage. Ils avaient l’âge qu’avaient mes parents quand je fus séparé de ma mère.

Ma mère et mon père qui m’ont donné leur nom ont façonné mon éducation et ma personnalité. Ils m’ont transmis une manière de penser, une vision du monde. Ils avaient reçu un garçon vieilli avant l’âge, âgé de douze ans: un garçon sans racines et sans espoir, apeuré. Ils réussirent à apprivoiser un rebelle: j’étais souvent méchant, rétif, entêté. Seuls beaucoup de patience et surtout beaucoup d’amour purent combler les fossés et la distance qui nous séparaient, m’aider à reconstruire ma courte vie. Je vois mes parents là-bas aux portes du ciel, plus jeunes que mes parents qui m’ont mis au monde, plus jeunes que mes parents qui m’ont sauvé en France.

Cette vision est surnaturelle, irréelle. Tante Jeanne est encore en vie: elle aura quatre-vingt-dix ans dans deux semaines. Ma mère fêtera son 85ème anniversaire dans deux mois. Ma femme et moi nous nous apprêtons à aller en Suisse pour être auprès d’elle ce jour-là. Et moi aussi je suis encore sur terre, entouré d’une grande famille – une épouse bien-aimée, quatre merveilleux enfants et des petites filles qui sont toute notre joie.

Mais dans mon imagination ou dans mon rêve je vois mes six parents dans une clarté stupéfiante: ma mère qui m’embrasse et me gâte comme si elle savait quel serait notre sort, et mon père avec qui j’aimais me promener, aller à la synagogue, que je voyais sortir de bon matin pour toute la journée. Je vois tante Jeanne travaillant dans la maison, dans le jardin, dans les champs, soignant dans sa maison des blessés de la Résistance, et prononçant au téléphone des phrases qui me semblent incompréhensibles. Je vois oncle Jules qui travaille dans les vignes, dans les champs, aux abattoirs, et qui conduit rapidement sa voiture noire, pleine d’hommes qui me sont inconnus. Je vois ma mère qui, pour remettre sur les rails la vie de ce garçon indompté, encaisse mes mauvais coups et me donne un amour et une compréhension infinie. Je vois mon père qui ne savait pas manifester ses émotions me regarder avec affection. Il savait, elle savait qu’ils finiraient par réussir.

Je regarde les trois couples de mes parents; jusqu’à ma venue ils ne s’étaient pas rencontrés, ce sont trois mondes différents. J’ai été leur petit enfant pendant sept ans en Allemagne, quelques courtes années et de façon discontinue en France, et depuis plus de cinquante ans je suis le fils de mes parents de Suisse: j’ai vécu avec eux pendant treize ans, jusqu’à ce que je vienne m’établir en Israël.

Et là-bas, aux portes du ciel, nous tous, tous les sept, nous baissons les yeux vers la terre: nous voyons ma femme tant aimée, nos quatre merveilleux enfants, nos ravissantes petites-filles. Et moi, là-bas, au ciel, je pourrai, à partir de maintenant, parler avec tous. Je pourrai les remercier. Y a-t-il un autre enfant qui doit tant, toute sa vie, à trois couples de parents ?

Quand j’arriverai au ciel je raconterai à mes trois pères et à mes trois mères tout ce que j’ai ressenti pendant toutes ces années. Il est tellement dommage qu’au temps où nous étions sur terre je n’aie pas pu leur dire tout ce que j’avais dans mon cœur.

Là-bas, là-haut, tout le monde sait quels êtres merveilleux furent mes six parents.
Ehud Loeb, le 18 août 1998
Traduit de l’hébreu par Marianne Picard

Pour imprimer le texte "Mes trois pères et trois mères", cliquez ici.


Poésies

Soixante ans après son internement au camp de Gurs, Ehud Loeb écrivit cette poésie. "Dans ce poème, j'ai essayé d'évoquer la douleur et le souvenir du jeune enfant que j'étais, pour lequel Gurs fut et reste, même à mon âge, le point de tournant de ma vie".

Gurs 2000

Je porte en moi soixante années et l'âge de six ans et demi
Six décennies se sont ajoutées à l'âge de ma première et seule enfance
Qui fut brisée et volée dans cette sombre baraque
En cet endroit qui fut le chef-lieu de mes séjours terrestre

J'ai connu d'autres mondes dans des pays voisins
Dans des pays lointains où l'on parle d'autres langues
Mais c'est là-bas que je retourne dans mes rêves
Et c'est là-bas que j'ai appris la langue du silence.

On ne parle plus de cet endroit si sombre
Où toute ma vie d'enfant chéri fut arrêtée
Où l'on m'a arraché de ma mère, de mon père et de ma première vie
Le nom de cet endroit est synonyme de ma douleur indicible

J'ai survécu séparation et misère, la peur et le faux espoir
J'ai brave la faim, la douleur, la solitude
J'ai reconquis la vie et vaincu le désespoir
Mais je n'oublie pas Gurs ni son terrible message

On ne sait plus que Gurs ne fut que le début
De ce qui mènera si vite à Treblinka et Maidanek
Là où périront ma mère et mon père à l'âge prématuré de mes deux filles ainées
Et moi, ici maintenant, je suis vieux de soixante et six ans et demi

Je vois, je ressens Gurs, mes souvenirs m'y ramènent
Là-bas de petites pâquerettes ornent la tombe de ma grand-mère
Gurs est la capitale de tous les pays que je connus
Ce cimetière de milliers de femmes et d'hommes et de mon enfance perdue

Ehud Loeb
Le 22 octobre 2000

Kaddiche

Je n’ai jamais pleuré la disparition de mes parents
Je n’ai jamais pu dire kaddiche
Je n’ai jamais pu comprendre leur mort inconcevable
Je n’ai jamais pu saisir l’inhumanité de leurs bourreaux
Mes parents sont enterrés au ciel
Ils partagent la tombe de six millions d’âmes
De bonnes gens simples m’ont soustrait à la mort
Des gens généreux ont fait de moi leur enfant
J’ai fondé une famille que j’aime et qui m’aime
Je mourrai et dirai kaddiche entouré d’anges
Herbert Odenheimer. Hubert Odenheimer. Hubert Odet. Herbert Loeb.
Ehud Loeb. אהוד לב
Né. Déporté. Interné. Orphelin. Caché. Sauvé. Adopté
Marié. Père. Grand-père. Mourra. Ses fils diront kaddiche.

Ehud Loeb
Jérusalem, le 19 décembre 1999

Kaddiche – prière de sanctification (dite par erreur “prière des morts”) rédigée en araméen qu’on récite notamment lors des obsèques et à la date anniversaire du décès

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